Nous ne sommes plus qu’à 3 semaines du Masters, premier Majeur de la saison. Les bookmakers s’excitent au rythme des audiences TV qui s’envolent et des fans qui se pincent pour être sûrs de ne pas rêver. Alors, simple buzz du moment ? Agitation prématurée ? Ou un nouveau chapitre de l’histoire du golf est-il en train de s’écrire ? Les avis des spécialistes consultés pour l’occasion sont tous unanimes. Tiger Woods est de retour.

Le physique d’abord

Les premières micro-secousses ont été ressenties en décembre dernier lors de sa rentrée au Hero World Challenge. Il nous avait gratifié de quelques coups très “Tiger” et avait terminé 9ème de ce tournoi exhibition. Avec un champ de 18 joueurs au départ sur un parcours plutôt facile, la prestation était, de l’avis général, qualifiée d’encourageante.

Après ses 3 premiers tournois en 2018, et malgré un cut manqué au Genesis Open, il confirmait les bonnes impressions de fin d’année: “Depuis son retour à la compétition au Farmers Insurance Open fin janvier, Tiger Woods n’a cessé de monter en puissance. Franchir le cut à Torrey Pines malgré un parcours hyper sélectif et des mises en jeu dispersées aux quatre vents (17 fairways sur 54) a été un premier indice” souligne Lionel Vella du Figaro Golf.

Les esprits les plus critiques avaient voulu refroidir l’ambiance suite à son cut manqué au Genesis Open avec un total de +6 après 2 tours. Mais c’eût été hâtif de tirer des conclusions après son 2ème tournoi de l’année, ou alors à en tirer les mêmes pour un Jordan Spieth qui manque le cut au Phoenix Open 2 semaines plus tôt, ou pour un Rory McIlroy à Pebble Beach.

Parce que cet accroc sur le Riviera Country Club ne pouvait faire oublier ce que Woods a traversé ces dernières années. Comme le précise Jean-Louis Tourtoulon, journaliste/commentateur pour Golf+: “la première grande satisfaction c’est qu’il semble en pleine possession de ses moyens sur le plan physique. C’est vraiment son dos qui l’a handicapé lors des précédentes années et là tout va bien apparemment.Beaucoup d’entre nous partageaient le point de vue exprimé par Yannick Cochennec, journaliste indépendant (Slate, Golf Magazine, Eurosport): “Après quatre opérations au dos, j’étais convaincu que c’en était fini car comment jouer au golf de haut niveau après un tel traumatisme médical ?“.

Yes, Tiger is back!

Dans la même logique, peut-on pour autant tirer des conclusions cette fois positives après 4 tournois ? Sûrement rien que l’on ne peut qualifier de définitif mais on a le droit de s’enthousiasmer de la progression de Woods au fil des semaines. T25 puis seul 12ème et T2 le week-end dernier au Valspar Championship. Trois résultats plus que probants sur des parcours exigeants avec, à chaque fois, un champ de très bons joueurs. “Finir deuxième dans un champ aussi relevé, à un coup, qui plus est, du vainqueur alors que son dernier tour a été relativement terne si l’on excepte son putt de 13m sur le 17” est une preuve que Tiger est bien de retour pour Yannick Cochennec. Ce que corrobore aussi Jean-Louis Tourtoulon “on ne savait pas trop où il pourrait se situer par rapport à la nouvelle hiérarchie mondiale et je pense qu’il a mis tout le monde d’accord sur ce point“.

Le physique rétabli, qu’en est-il de sa technique en 2018 ? Julien Xanthopoulos, coach et consultant pour Golf+, analyse: “Même si Tiger a arrêté avec Chris Como (coach de Tiger jusque fin 2017- ndlr), son swing repart dans de bonnes directions, avec un geste qui se rapproche de ce qu’il faisait jeune. C’est-à-dire un swing où il cherche moins à rester sur la jambe gauche à la montée, un swing plus naturel on va dire“. Ce qui se traduit également dans ses statistiques de jeu: “Avec un Strokes Gained du tee au green qui se situe dans la zone de ce qu’il faisait sur la période 2004-2009, son grand jeu se met bien en place et c’est vraiment très intéressant pour la suite.poursuit Julien.

Les voyants semblent donc au vert pour entendre le Tigre rugir à nouveau comme aime à le penser Jean-Louis Tourtoulon: “Pour ma part, je suis pratiquement persuadé que Woods va gagner cette saison. Si il gagne un majeur ce sera l’un des plus grands comeback du sport moderne tout sport confondu !” Bien sûr des champions qui reviennent au premier plan, il y en a eu quelques uns comme le souligne Yannick Cochennec “Je n’avais jamais cru par exemple que Federer pourrait gagner un 18e titre du Grand Chelem après 4 saisons blanches de 2013 à 2016. En moins de 15 mois, le voilà à 20! Et n°1 mondial par dessus le marché à 36 ans“.

Cette semaine, Tiger Woods est au départ du Arnold Palmer Invitational, un tournoi qu’il a gagné 8 fois entre 2000 et 2013. Huit. Soit autant de compétitions disputées à ce jour depuis 2015. Pourtant, après 4 opérations chirurgicales, et seulement 14 tours disputés en 2018, Tiger est déjà annoncé parmi les favoris à Bay Hill en Floride.

Une excellente nouvelle pour le golf aussi

Evidemment l’intérêt pour ce sport ne se limite pas à Tiger mais comme le résume Fabien Pigalle, journaliste à Nice Matin: “Tiger a ‘mis’ tellement de gens au golf. Ils sont si nombreux à avoir grandi avec lui comme idole, à l’étranger comme en France. On est tous conscient de ce qu’il a traversé et on veut savoir si le fantasme peut se réaliser“.

Ici et là, des voix s’élèvent pour dire que le golf d’aujourd’hui offre une pléiade de jeunes talents qui mériteraient aussi toute l’attention. Oui, je valide ! Mais c’est justement la raison pour laquelle il faut se réjouir du retour de Tiger. Woods va multiplier les projecteurs sur le monde de la petite balle blanche et ainsi mettre en lumière les Justin Thomas, Jon Rahm et consorts à tous ceux qui avaient éteint leur écran de télévision pendant son absence: “C’est ce qui peut arriver de mieux au golf mondial, s’il était à la Ryder en tant que joueur ce serait un bonus de plus. Le golf Français en bénéficie aussi, les statistiques de lecture montent sur le site dés qu’on publie un papier sur lui.” confirme Jean-Jacques Le Moenne de GolfOuest.

Si son physique tient bon, Tiger Woods montera inévitablement en puissance au point de venir titiller les meilleurs régulièrement. Dans le même temps, on peut quasiment affirmer qu’il ne dominera plus le golf mondial comme il a pu le faire mais, sans être dans les petits papiers du Tigre, son objectif n’est sans doute pas là. Il retrouve le public, les sensations, le plaisir de jouer et voire bientôt la joie de gagner: “Je pense aujourd’hui que l’on peut dire, sans passer pour un fou, que Woods, 42 ans, a le droit de rêver à un 15e majeur, dix ans après le 14e. Je n’aurais jamais cru cela imaginable en janvier” conclut Yannick Cochennec.

Peu l’ont imaginé, beaucoup l’ont rêvé, reste à Woods de faire du Tiger et à nous de nous régaler.

Mes chaleureux remerciements pour leur amicale disponibilité à Lionel Vella, Yannick Cochennec, Jean-Louis Tourtoulon, Julien Xanthopoulos, Fabien Pigalle et Jean Jacques Le Moenne.

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