2 petits tours et puis ne revient pas. Dubuisson a démarré sa saison en Espagne la semaine dernière. Il était attendu au Maroc dans la foulée mais, ce lundi 16 avril, à 3 jours du tournoi, il n’est plus dans le champ de départ. Et celui qui ne veut pas faire parler de lui… fait alors parler de lui. Et pourtant, la meilleure chose que l’on puisse faire serait de le laisser tranquille.

Dans le tout nouveau (et très bon) magazine Golf Azur édité par Nice-Matin, on avait pu y lire que Victor ferait probablement sa rentrée au Maroc. Fabien Pigalle, journaliste du quotidien azuréen, avait complété l’information sur Twitter en écrivant que son absence en Espagne était probable notamment en raison du parcours madrilène. Mais l’imprévisible Dubuisson a été fidèle à lui-même et était au départ jeudi dernier de l’Open d’Espagne en compagnie de Alexander Björk et Robert Karlsson.

Enfin!” se sont exclamés les fans, “pas trop tôt” ont raillé les autres. On a voulu y voir un signe dans le fait qu’il soit dans la partie du suédois et assistant de Thomas Bjørn pour encadrer l’Europe en septembre prochain. Cela en était sans doute un. Celui de passer du temps avec le joueur et de connaître son état d’esprit.

Le français qui n’était pas apparu dans un tournoi officiel du circuit européen depuis la finale de la Race to Dubaï en novembre 2017 ne s’est toutefois pas qualifié pour le week-end espagnol. Une carte de 74 le jeudi suivie d’une carte de 72 pour un total de +2 ont laissé le cannois à 6 coups du cut.

Sans surprise, pourrait-on se dire… ou peut-être que si finalement ! Parce que le joueur Dubuisson nous a toujours offert d’être là où on ne l’attendait pas, et vice-versa.

2 semaines avant le Turkish Open 2013, il est 106ème joueur mondial. Et puis au nez et à la barbe des Tiger Woods, Justin Rose, Ian Poulter et autre Henrik Stenson, il délivre une parfaite symphonie sur le parcours d’Antalya pour remporter son 1er tournoi du tour européen. Dans le désert de l’Arizona, en février 2014, il surprend à nouveau tout son monde, y compris Jason Day. Après une superbe saison ponctuée par 2 Top10 en Majeurs, la victoire en Ryder Cup avec l’équipe européenne à Gleneagles suivie d’une 2ème place en Australie puis à la finale de Dubaï, le golf français pense avoir enfin trouvé son champion. Il signe un Top5 lors de son tournoi de rentrée à Abu Dhabi en 2015 et puis le soufflé retombe. Cuts manqués au Masters, à l’US Open et au British pour ne citer que les Majeurs. Chaque semaine laisse place à une nouvelle déception.

17ème mondial en janvier 2015, classement jamais atteint par un tricolore, il est retombé à la 69ème place neuf mois plus tard. Et pourtant, il va remettre ça en Turquie début novembre pour glaner un 2ème titre sur le circuit après une démonstration de golf pendant la semaine et une démonstration émotionnelle sur le green du 72ème trou. 2016 et 2017 sont dans le même esprit, la victoire en moins. Des cuts manqués, des abandons et puis quand on n’y croit plus, Victor signe une performance.

Parce que le joueur est ainsi. Un talent brut qui peut s’exprimer à tout moment, capable de faire mieux que tous les meilleurs joueurs du monde pendant 4 jours.
Mais “4 jours” seulement. Parce que l’homme est ainsi. Le golf n’est pas sa priorité. Plus froidement, c’est aussi parfois son gagne-pain, celui qui lui permet de mener la vie qu’il souhaite avoir. Ne nous trompons, Victor Dubuisson adore très certainement la petite balle blanche mais il ne sera jamais un champion. Celui rêvé par beaucoup en tout cas… mais pas par lui.

Peut-être remportera-t-il une épreuve Rolex Series, peut-être même l’Open de France, peut-être sera-t-il du coup à la Ryder Cup en septembre, et donc peut-être fera-t-il gagner l’Europe comme l’a fantasmé avec amusement Guillaume. Mais cela ne sera pas pour autant le début de l’histoire d’un champion français, cela sera juste un nouvel épisode dans la vie de Victor Dubuisson, faite de golf, de pêche, de belles voitures et d’amitié pour ce que l’on en connaît.

Alors, bien sûr, comme depuis 4 ans désormais, on peut continuer de s’opposer régulièrement entre ceux qui “savent” et ceux qui ne savent pas, entre ne pas être professionnel et choisir sciemment ses échéances, entre une personnalité “je m’en foutiste” et un garçon réservé. On peut poursuivre ces débats sans fin. Oui on peut faire ça.

Ou alors on peut le laisser tranquille et ne pas attendre de lui ce qu’il ne veut pas donner. Il ne sera, ni ne veut – je pense – être tantôt bouée de sauvetage, tantôt fer de lance du golf français. Et puis, avouons-le, elle a quand même bon dos l’image du champion nécessaire pour booster le golf en France. En tout bien, tout honneur, que ceux qui se sont mis au golf grâce à un champion tricolore lève la main !

Les Palmer, Niklaus, Norman, Faldo, Ballesteros, Woods, McIlroy et Spieth ont mis au golf une grande majorité de joueurs du dimanche parmi toutes les générations, françaises comprises. Un Björn Borg ou un Roger Federer font rêver, un Carl Lewis ou un Usain Bolt aussi, tout comme un Diego Maradona ou un Léo Messi. Tous les champions font rêver quelle que soit leur nationalité. En septembre prochain, 24 joueurs parmi les meilleurs golfeurs du monde seront en France, c’est une certitude et on est en train de passer à côté d’une belle occasion de faire rêver.

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