Dans cet ultime volet débuté il y a 2 semaines, nous avons voulu connaître un peu mieux Hubert Chesneau, son métier d’architecte et les histoires qui sont attachées à ses nombreuses années dans le monde du golf.

Gurvann: Quand le golf débute pour toi?

J’ai commencé à jouer au golf à 14 ans, à Dakar (Sénégal), car mon père et quelques amis avaient créé un parcours de 9 trous, sur du sable avec des greens en brown (mélange de fuel et sable, roulé et sur lequel on passait un filet, un peu comme les courts de tennis en terre battue).

C’est de là qu’est venu ton choix pour ce métier?

Au départ, c’était architecte ou chirurgien. Mais les études de médecine étaient un peu plus longues, et faisant de la voile, je n’aurais pas eu assez de temps! 🙂
Je me suis donc tourné vers les études d’architecte, comme mon père.
Le bac passé, retour en France, je poursuis la voie de mon père, à l’école des beaux-arts. Je suis donc architecte DPLG (Diplômé Par Le Gouvernement) de bâtiment qui jouait pas trop mal – autour de 6/8 de handicap- (c’est plus simple quand on est jeune). Mais, comme évoqué, je faisais aussi de la voile, beaucoup de régates. Je voyageais beaucoup car l’école des beaux-arts me laissait du temps pour les loisirs. J’ai tout de même fini par abandonner la voile et je me suis limité au golf jusqu’à pratiquer au niveau scratch.

Pour être un bon architecte de golf, faut-il être un bon golfeur ?

Oui c’est primordial, même si quelques grands architectes ne jouaient pas ou peu au golf. Il vaut mieux bien connaître le jeu, avoir une une fibre créatrice et savoir comprendre les caractéristiques des parcours joués.
Les terrains de foot ou de tennis
imposent règles et dimensions invariables. N’importe qui peut faire un terrain de tennis. Un terrain de golf, ce n’est pas pareil

L’architecte c’est quand même quelqu’un qui crée ou qui régurgite ce qu’il a vu, appris ou vécu dans le monde. Et comme il n’y a pas 2 parcours de golf identiques, pour pouvoir bien imaginer des golfs, il faut quand même connaître le jeu pour ne pas mettre des choses n’importe comment et n’importe où. Toutefois, de bons golfeurs peuvent faire aussi des parcours ratés, moi le premier!

Comment se passent tes premières réalisations*?

Quand je suis rentré à la commission sportive de la FFGolf en tant que bénévole, j’étais déjà architecte. A cette époque, le golf commençait à se développer mais je trouvais agaçant que les parcours soient toujours dessinés par des anglais. Surtout créer un golf était un vrai combat!

Hubert Chesneau - golf-de-limoges-saint-lazare
Golf de Limoges Saint-Lazare

* Dans sa carrière, Hubert a créé les parcours: Golf de l’école de l’air, Golf de Saint-Malo, Golf de Villacoublay, Golf de Loudun, Golf national , Golf de Limoges Saint-Lazare, Golf de Saint-Pierre-du-Perray, Golf d’Aubazine.

À ce point?

Je vais te raconter l’histoire de la création du golf de Limoges Saint-Lazare.

Suite au déménagement de l’aéroport, trop petit et gagné par le développement de la ville, le terrain se prêtait à la création d’une base de sports et loisirs. Monsieur Michardière, commissaire à l’Aménagement Rural, qui finançait cette base avec la Ville, tenait à ce qu’il y soit créé un golf public. Claude Cartier, Président de la FFG à l’époque, m’avait demandé de l’accompagner et de faire le projet.  

J’ai donc dessiné ce golf et ai naturellement assisté à de multiples réunions de chantier avec la commune dont le Maire avait quelques réticences à l’idée de soutenir un golf. J’entendais régulièrement: “votre golf nous fait ceci, votre golf nous empêche de faire cela“. C’était vraiment caractéristique de l’époque!

Le commissaire ayant signifié que sans golf, pas de financement, j’ai fini par emmener un adjoint au sport de la ville au Royaume Uni pour lui montrer ce qu’était un golf et comment il pouvait s’intégrer dans la ville et ses activités sportives. Il avait alors vu que le golf était entretenu par les équipes d’espaces verts de la Ville, que l’on formerait les équipes au métier. Si ils pratiquaient des abonnements très bon marché, avec une école de golf, et une grande proximité et accessibilité des scolaires, cela leur couterait sans doute moins cher que la section Basket de la Ville qui ne générait que des dépenses…

Le projet a été concrétisé, le golf a été lancé, avec des tarifs très raisonnables, et la pratique a explosé. Lors des municipales suivantes, le maire présentait le fait que Limoges était la 1ère ville avec son golf public… Claude Cartier et moi-même étions déjà persuadés qu’après ce golf, d’autres s’ouvriraient, et c’est ce qui s’est produit.

Dans les années 80, le golf prend alors son envol…

Oui, on sent que cela se développe. Des années 1980 à 2000, faire 12 à 15% d’augmentation par an du nombre joueurs, c’était presque normal. Même autour de nous, sans parler des britanniques, les golfeurs se multipliaient au même rythme. Pas forcément les licenciés, ça c’est un autre aspect, mais les joueurs progressaient. La demande de création de parcours est vraiment en forte augmentation (De 200 parcours fin des années 70, on passe à 400 au début des années 1990- ndlr).

Quel a été ton plus gros challenge Golf en tant qu’architecte?

Clairement ça reste le Golf National. Parce que si je devais le faire aujourd’hui je ne suis pas certain que cela serait possible. Mais partant de zéro, et ayant vu des choses dans le monde telles que Birkdale (parcours de The Open 2017) ou Phoenix, j’avais des vues claires sur l’impérative nécessité de permettre au spectateur de bien voir, et partout sur le parcours… d’où ce concept de gradins naturels qui créent le paysage.

>> Lire le 1er volet de l’interview: Histoire du Golf National

Quel est ton trou préféré de l’Albatros?

Albatros-Golf National-trou14Peut-être le trou 14. Je m’y suis amusé et d’autant plus que j’ai fait dresser quelques cheveux au début. C’est un Par5 long, difficile à atteindre en 2, mais j’ai surtout conçu un green avec un plateau plus bas derrière que devant. C’était rare. Au début, ça a râlé, mais beaucoup de joueurs m’ont dit que c’était vraiment intéressant à jouer.

Ton meilleur score sur l’albatros ?

74… Il y a hélas déjà un certain temps! 🙂

Ton architecte de référence ?

Pour moi c’est le vieux Simpson (Tom, à l’origine de Muirfield, Sunningdale mais aussi Chantilly ou Morfontaine en France -ndlr). Parmi les plus récents ou actuels, je citerai Tom Fazio (Pinehurst n°4 et n°8 entre autres -ndlr) ou Kyle Phillips (Kingsbarns ou encore PGA National of Sweden- ndlr).
Ils font, ou ont fait de beaux parcours, des trucs assez fantastiques. Ce sont des architectes qui ont quelque chose de plus que la moyenne. Eduqué à l’écossaise, j’aurais beaucoup aimé avoir à dessiner un parcours dans des dunes d’Ecosse. J’ai une forte préférence pour les « links » où un bon architecte, surtout les anciens, ne chamboulent pas tout, utilisent le relief pour l’agrémenter et loger le parcours.

D’où ce style adopté pour l’Albatros?

Oui, c’est peut-être ce qui a poussé un peu mon crayon. Je me rappelle d’ailleurs le commentaire de ce joueur irlandais, Christy O’Connor Jr qui, après un très bon 1er tour lors d’un Open de France, avait répondu à un journaliste qui lui demandait ce qu’il pensait du parcours, que bizarrement lorsqu’il égarait une balle et qu’il allait la chercher en haut des collines, “il s’attendait toujours à voir la mer mais elle n’y était jamais“. J’adore ces parcours où il est difficile de s’y repérer, sans arbres pour donner une échelle horizontale, où il faut « sentir les coups ».

Quel est ton avis sur l’Augusta National?

Je l’ai joué pratiquement 10 ans de suite le lundi matin avec les drapeaux de la veille. La 1ère fois, je me suis dit que ça serait catastrophique. J’avais pourtant fait un score raisonnable, sans pression, sans spectateurs, sans rough parce que tout est piétiné de partout. La grosse difficulté réside dans les greens, leur pentes, leur vitesse, leur approche…Augusta Masters - Amen Corner

Tu aurais pu rêver de construire ce parcours ?

C’est beau mais très « américain », il y a un peu trop d’excès dans tout… Certes les images sont superbes le parcours est magnifique, les trous sont bien dessinés et régulièrement “modernisés”, les azalées sont resplendissants mais c’est un peu too much à mon goût. Tout doit être vert! Il y a même un distributeur de colorant qui laisse tomber quelques gouttes dans l’eau du Ray Creek quand il rentre dans la propriété… Du coup toutes les tortues de l’étang du 16 sont vertes, elles aussi !! 🙂
Les fairways sont nickel, ils sont tondus à 8 tondeuses de front, les aiguilles de pins sont ratissées tous les matins.  Bref c’est superbe mais ce n’est pas ce que j’aime.

Mais le Masters reste un tournoi à part. On peut installer son siège dès le matin au 18, y poser un vêtement ou autre marque personnelle et revenir 5 heures plus tard, rien n’aura bougé! Imaginez cela chez nous…

Enfin, pour conclure, quels sont tes parcours préférés?

Royal Melbourne, Cypress Point, Royal County Down et, pas seulement parce que je suis membre du Royal & Ancient, l’Old Course et Muirfield. Des links écossais évidemment! 🙂

Photo en une: Golf de Saint-Malo (35)

Avec nos sincères et chaleureux remerciements à Hubert Chesneau pour sa disponibilité et son enthousiasme lors de notre entretien.

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