A l’occasion d’une rencontre annuelle avec des journalistes britanniques, il m’a été donné l’opportunité de jouer le parcours qui va accueillir le British Open en 2019. Une expérience golfique hallucinante…

Starter du Royal Portrush
Le starter de Portrush

Dans le club-house très cosy du Royal Portrush, les traditions et les symboles sont nombreuses. On y trouve pêle-mêle la carte de score record du chéri des lieux, Rory McIlroy, auteur d’un 61 (-11) à seulement 16 ans, des trophées en pagaille, une photo d’un autre “local hero”, Darren Clarke, brandissant la Claret Jug en 2011… Les couvre-chefs sont évidemment interdits, les chaussures à clous aussi, le port de la veste et de la cravate sont requis dans les salles de restaurants et la consommation de Guinness est presque un passage obligé, même au petit matin…

Mais ce qui est peut-être le plus singulier dans ces lieux chargés d’histoires golfiques, ce sont les quatre sèche-linge qui tournent à plein régime dans les vestiaires messieurs. Un gentleman “so british”, qui fait également office de starter officiel, gère le séchage des vêtements des membres et (nombreux) visiteurs de passage.

Car s’il est une coutume qui ne se dément jamais dans cette ville située à la pointe de l’Irlande du Nord, c’est la pluie. Pour la deuxième fois en deux ans, j’ai donc eu l’opportunité de me rendre à Portrush pour cette rencontre par équipes golfique face à des journalistes britanniques. Et pour la deuxième fois, j’ai été arrosé, comme mes camarades, des heures durant sur le parcours. La veste déperlante a ses limites…

carte Rory McIlroy - Royal Portrush
carte Rory McIlroy – Royal Portrush

A Portrush, il y a le vent, qui balaie les cotes par rafales qui dépassent souvent les 70km/h, la pluie donc, la Chaussée des Géants, une formation volcanique classée au Patrimoine de l’UNESCO, la distillerie du fameux whisky Bushmills et le golf. Surtout le golf. Graeme McDowell (récent vainqueur de l’US Open et de l’Open de France) y est né, Darren Clarke y habite et Rory McIlroy y a grandi. Il y a aussi le méconnu Fred Daly, vainqueur de “The Open” en 1947, natif de Portrush. Ca fait quand même beaucoup pour une ville de 6 500 habitants…

Le plus célèbre des deux parcours de Portrush, le Dunluce, avait déjà eu la fierté d’accueillir l’Open d’Irlande en 2012. Mais en 2019, ce club “Royal” donc (ce qui signifie que la Reine a visité les lieux) va atteindre une sorte de consécration en devenant l’hôte du British Open, du 18 au 21 juillet 2019. En 150 ans d’histoire, ce sera seulement la deuxième fois que l’Irlande du Nord aura l’honneur de recevoir “The Open” sur ses terres. L’événement fait grand bruit au pays…

Et le parcours me direz-vous, sera-t-il à la hauteur ? Je peux vous assurer que oui. Et il est fort probable que les meilleurs joueurs du monde vont l’apprécier. Pour relever le défi, le grand intendant et les édiles du club, en accord avec le Royal et Ancient, ont dessiné deux nouveaux trous, les n°7 et n°8, pour remplacer les n°17 et n°18 d’origine, devenus un peu désuets pour le matériel moderne. Ces deux nouveaux trous, tout comme les nombreux aménagements réalisés sur le parcours entre 2015 et 2017, sont une totale réussite.

Plutôt que de vous raconter comment, dans la tempête, journalistes français et britanniques se sont affrontés en match play à coups de doubles bogeys, j’ai choisi de vous décrire trou par trou ce pur links classé 11e plus beau parcours par Golf Magazine USA. Pour résumer les difficultés qui attendent les champions, je dirai simplement une chose : sans obstacle d’eau, sans arbre, le Royal Portrush est dix fois plus dur que l’Albatros, en tout cas pour le swing d’un index 10. Car le vent est LE paramètre qui change tout. Quant aux ondulations des fairways et des greens et à la profondeur des “pots bunkers”, n’en parlons pas. Allez, c’est parti pour une rapide visite guidée.

Trou 1 - Royal Portrush
Trou n°1 avec deux bunkers de fairway à éviter

Trou n°1 “Hughies” : solide par 4 de 385 mètres (des back tees) en montée, avec un gros bunker à gauche et à droite du fairway à environ 220m, et un hors limite à droite qui peut faire peur quand le vent balaie à l’opposé de l’océan. Le green surélevé est protégé par un énorme bunker sur la gauche, un véritable gouffre qu’il faut éviter à tout prix. Green à trois plateaux. Danger de redescendre 50 mètres plus bas si on attaque un drapeau placé à l’entrée du green.

Trou n°2 “Giant’s Grave” : par 5 de 527m. Au départ, c’est un léger dogleg gauche. Evitez le bush de gauche et la triplette de “pots” bunkers à droite. Des bunkers de fairway barre la route des audacieux qui veulent atteindre le green en “surrégulation”, mais malgré ça et des possibilités de drapeau démentes, cela reste un trou à birdie pour les champions.

Trou n°3 “Islay” : petit par 3 très scénique d’environ 160 mètres, mais il faut jouer droit et trouver la bonne profondeur avec un vent souvent favorable. Trop court et on recule de 40m, trop long le chip est injouable.

Trou n°4 “Fred Daly’s” : assez gros par 4 par sa longueur (450m). Au drive il faut éviter le bunker de fairway à gauche et le hors limite qui vient très vite à droite. Il y a une petite butte à l’entrée du green à gauche, ce qui rend l’attaque du drapeau délicate, même pour les gros frappeurs.

Trou 5 - Royal Portrush
Le green du 5

Trou n°5 “White Rocks” : direction l’océan pour ce magnifique par 4 de 380m en dogleg droite où le tee shot est essentiel. Si vous parvenez à survoler le fameux petit rocher blanc il vous reste un petit club pour attaquer le green. Mais attention, même avec un petit fer, nos héros du PGA Tour devront être précis : deux mètres derrière le green c’est une falaise hors limite qui attend les balles à précise (voir photo), et trop à gauche, le chip est infernal.

Trou 6 - Royal Portrush
Vue depuis le Trou 6

Trou n°6 “Harry Colts” : très solide par 3 d’environ 175m. Il est interdit de rater à droite (bush inextricable) ni de dépasser le trou. Mais les balles trop courtes risquent de dégringoler du green en bas en gauche. Et le vent est souvent de face… Prenez le temps d’admirer la vue sur la Côte juste derrière le départ (photo de gauche).

Bunker - Trou 7 - Royal Portrush
Un bunker à éviter…

Trou n°7 “Curran Points”: Par 5 qui a été rajouté pour le British Open, il n’appartenait pas à la configuration initiale du parcours Dunluce. Très long trou (525m en montée), avec une mise en jeu quasiment en aveugle, où il faut éviter un immense bunker situé à droite (voir ci-contre). Seuls les plus longs tenteront le green en deux. Mais le risque est immense avec du bush des deux côtés du fairway. Quand au green, il est immense et incroyablement tordu. Les membres plaisantent souvent en disant qu’ils ont sauvé un bogey en scorant 8…

Trou 8 - Royal Portrush
Le dogleg gauche du nouveau trou 8

Trou n°8 “Dunluce” : Ici la mise en jeu détermine tout sur ce relatif court par 4 (398m) qui lui aussi est un nouveau venu spécial “The Open”. A gauche c’est le précipice, à droite les bunkers. Il faut pouvoir taper un draw. L’attaque de green doit se faire par la droite pour éviter une butte d’entrée de green qui renvoie vos balles loin a gauche, avec un chip injouable ou presque.

Trou n°9 “PG Stevenson’s” : Gros par 4 de plus de 390m très difficile car joué souvent vent de face. Prendre le fairway est essentiel. Il y a un peu plus de place sur la droite du fairway, et encore. Sur l’attaque du green, si le drapeau est à droite, le danger de dégringoler sur le côté est immense. Même les champions apprécieront le par!

Trou n°10 “Himalayas” : petit par 4 de 410m en dogleg droit (car joué vent dans le dos) où il faut jouer le tee shot par dessus des petits monticules (il y a une mire sous forme de rocher blanc), d’où le nom du trou. Driver proscrit pour les gros frappeurs. La zone d’atterrissage est assez étroite. Le green est tout en longueur, avec un wedge pour l’attaquer mais la zone de réception est étroite.

Fairway Royal Portrush
On devine ici les ondulations des fairways du parcours

Trou n°11 “Tavern” : par 4 d’environ 430m. Pas le trou le plus spectaculaire du parcours. Encore une fois le coup le plus difficile est la mise en jeu, surtout si le vent est de face. Les bunkers de droite sont mortels mais c’est tentant de couper un peu ce dogleg pour les cogneurs. Une fois sur la piste, la vue est assez dégagée pour aller au green qui est surélevé.

Trou 12 - Royal Portrush
Gros Par5!

Trou n°12 “Dhu Varren” : solide par 5 même si la distance n’est pas impressionnante (485m environ) ; il faut viser la partie gauche du fairway sur le tee shot. Après c’est tout droit jusqu’au green mais des “pots bunkers” barrent la route à 50m du green. Le birdie est quand même envisageable pour les meilleurs. Après le drive, place à la puissance !

Green 13 - Royal Portrush
Le green du trou 13 lors d’une petite accalmie météo

Trou n°13 “Feather Bed” : très joli par 3 tout en descente de 175m. Il faut bien sûr éviter le grand bunker qui barre l’entrée du green mais il faut quand même prendre le risque de sous-clubber car le fond du green est en descente. C’est un trou piégeux visuellement.

Trou n°14 “Causeway” : par 4 délicat de 425m en montée ; pour une fois le tee shot n’est pas le plus compliqué, mais c’est bien l’attaque du green surélevé, à l’entrée très étroite, qui pose problème. Il faut éviter à tout prix le bunker en forme de crevasse à gauche, ne pas être trop long, et éviter la partie droite qui proposera un chip délicat. Avec le vent avec, c’est un trou très abordable. Dans le cas contraire…

Trou n°15 “Skerries” : très joli par 4 assez court (390m, mais en montée) ; il faut avoir la longueur suffisante pour passer la butte au départ, pour éviter un 2e coup en aveugle, mais ne pas être long sous peine de dévaler à droite du fairway. Le green est face à l’océan et protégé par des pots bunkers redoutables à gauche. Court mais dangereux donc !

Trou n°16 “Calamity” : le trou signature du parcours, un par 3 de 210m en montée où les catastrophes sont légion pour les amateurs. Le piège c’est bien sûr le ravin de droite… Balayé par le vent, ce trou est une gageure. Le driver pourra être nécessaire pour les frappeurs modestes, face au vent. Un bogey ne seras pas une catastrophe, même pour Dustin Johnson et ses copains…

Royal Portrush
Si si, il peut faire beau à Portrush et la promenade devient idyllique.

Trou n°17 “Purgatory” : avec un nom pareil, ce par 4 n’est pas très engageant, mais il est pourtant très accessible avec ses 350m tout en descente. Les gros frappeurs pourront tenter de prendre la cassure sur le fairway pour descendre jusqu’au pied du green, mais à leurs risques et périls. Il faut viser la mire si vous avez joué la prudence, le 2e coup sera en aveugle. Tout ce qui manquera le fairway, en particulier à droite, sera synonyme de balle provisoire…

Trou n°18 “Babington’s” : ce “finishing hole” est un gros morceau ! 420 mètres en légère montée pour ce par 4 où le tee shot est capital. A éviter les énormes bunkers de fairway. Un long deuxième coup vous obligera à survoler d’immenses bunkers qui barrent l’attaque d’un green tout en longuer. Le R&A voulait un 18e trou ardu, les pros seront servis…

Pour la petite histoire, les “journaleux” britanniques ont eu raison des gratte-papiers français d’un souffle… Mais le plaisir était ailleurs. 🙂

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