Cela ne vous a sans doute pas échappé si vous êtes un mordu des réseaux sociaux et du golf. Très récemment, deux incidents importants survenus dans le monde amateur ont mis en résonance un problème majeur qui pourrit notre sport préféré depuis trop longtemps : le jeu lent.

Il y a d’abord eu cette bagarre en Angleterre. D’après les policiers intervenus rapidement grâce à des… voiturettes, « des os ont été cassés ». Quatre hommes en sont venus aux mains sur un golf public près de Birmingham. Pour une raison qui pourrait sembler futile au béotien du golf : le jeu lent. Et puis il y a eu cet incident, plus nébuleux, aux Etats-Unis. Six femmes noires ont été expulsées d’un golf en Pennsylvanie, après qu’elles eurent joué neuf trous. Les propriétaires les accusaient de jouer trop lentement et ont fait venir la police pour les virer sans ménagement de leur parcours. Mais selon les femmes et plusieurs témoignages, et à la lecture des vidéos de la scène, il s’agirait plutôt d’un acte de racisme et de misogynie de la part des gérants.

Nous ne débattrons pas ici de la gravité de l’attitude de ces messieurs. La violence, le sexisme et le racisme sont des sujets bien plus graves que le golf et ses petits tracas. Mais ces deux cas mettent en lumière l’importance du sujet du jeu lent, en Angleterre, aux Etats-Unis ou ailleurs. Ce n’est plus seulement un non-respect de l’étiquette ou un souci de rythme pour la réalisation télé. C’est aujourd’hui un véritable enjeu économique. Il en va presque de la survie du golf.

Même si le retour de Tiger Woods a fait du bien, notamment aux audiences télé, on sait que le golf aux Etats-Unis a été en souffrance pendant plusieurs années. En France, cela ne va guère mieux, même si les licences sont en légère hausse en 2018. On reste tout de même très loin de l’objectif Ryder Cup et des 700 000 licences à l’horizon 2020

Il y a bien sûr plusieurs raisons à cela, comme l’émergence des sports peu coûteux, à l’image  du running. Mais à mon avis, la chronophagie du golf est l’une des explications principales de son (léger) déclin.

En voiturette ou à pied, à deux, trois ou quatre joueurs, il faut compter a minima 4 heures pour jouer 18 trous. Cela reste quand même une durée raisonnable. Malheureusement, vous qui lisez ces lignes et êtes a priori des golfeurs réguliers, avez sûrement connu une expérience plus longue et donc plus douloureuse. Qui n’a pas jamais dépassé les 5h30 de jeu derrière une partie escargot ? Qui n’a jamais pesté à attendre désespérément que le 4 balles de touristes qui vous précède jette un œil derrière lui ?

Principaux coupables ? Les champions

Le jeu lent chez les amateurs est à la fois un manque de respect de l’autre et de l’étiquette, mais aussi un fléau économique. C’est mathématique, plus les parties durent, moins il y a de tee times disponibles. D’où vient ce phénomène ? Comment l’enrayer ? Il y a bien sûr des amateurs qui n’ont pas le niveau pour disputer un parcours difficile. Ou ceux qui n’ont pas connaissance de l’étiquette. Mais à mon humble avis, le mauvais exemple vient des joueurs professionnels eux-mêmes. La prolifération des joueurs lents sur nos fairways est une reproduction de ce que l’on peut voir à la télévision sur les greens du PGA Tour.

Sur le Tour Européen, le nouveau boss Keith Pelley a pris conscience du danger. Les joueurs sont de plus en plus « timés » (chronométrés si vous préférez) et parfois sanctionnés, d’une amende et même (plus rarement) d’un coup. Mais ça ne fonctionne pas encore très bien. Les derniers tournois ont été marqués par la lenteur des dernières parties du dimanche. L’Irlandais Paul Dunne en Espagne ou l’Espagnol Alvaro Quiros au Maroc se sont fait remarquer par des routines et hésitations interminables. Malgré un bon trou de retard sur l’avant-dernière partie, aucune sanction n’est intervenue. Infliger une pénalité d’un coup à un joueur qui joue la gagne le dimanche est un pas difficile à franchir. Les téléspectateurs râlent, le jeu lent passe…Paul Dunne-Slow Play-Twitter

Sur le PGA Tour, l’impunité est presque totale. Les Kevin Na et Ben Crane, des seconds couteaux, ont déjà été montrés du doigt, surtout par les médias. Mais les tout meilleurs sont aussi très lents. Sur les greens, Jordan Spieth peut répéter deux à trois fois sa routine avant de déclencher son putt. Et on ne parle pas du mini scandale du British Open 2017, quand il a mis plus de 20 minutes avant d’obtenir un drop sur le trou n°13 dans son mano a mano avec Matt Kuchar.

On citera aussi les 4’10″de discussion sur le fairway du 72e trou entre J.B. Holmes et son caddy au Farmers Insurance Open cette année. Le tout pour un lay up grotesque, sans aucune réprimande. Quelques joueurs du Tour ont quand même exprimé leur gêne vis-à-vis de J.B.

Et les exemples sont multiples. Sur le Champions Tour, récemment, Colin Montgomerie, l’un des joueurs les plus rapides de l’histoire, a clairement affiché son ras-le-bol quand son partenaire Bernhard Langer (l’un des joueurs les plus lents de l’histoire) mesurait toutes les pentes de green alors qu’il était à deux mètres du trou…

Il existe une sorte d’omerta chez les meilleurs joueurs du monde autour d’un sujet qu’ils savent pourtant réel. Dans un sondage anonyme réalisé l’an passé par Sports Illustrated en 2017, les joueurs du PGA Tour reconnaissaient à 84% que le jeu lent était un problème sur leur circuit. Mais à 58%, ils étaient contre l’instauration d’un chronomètre. Edifiant. Jason Day et Jordan Spieth figuraient au 3e et 4e rang des coupables dans ce sondage. Deux joueurs intouchables de part leur statut…Slow Players PGA Tour - SurveyDes pistes sont à l’étude pour éradiquer le problème chez les pros. L’autorisation du télémètre, l’obligation de putter dans la continuité, la suppression des carnets de parcours… Rien n’a encore été décidé. Pour les amateurs, les solutions sont plus évidentes. Déjà, ne pas prendre exemple sur les champions… Et puis faire preuve d’humilité (qui n’a pas croisé le fer avec un index 30 qui prend 2 minutes pour étudier son putt pour quadruple bogey ☺) et mieux connaître les règles d’étiquette qu’on vous énumère ici :
– laisser passer une partie qui vous talonne quand vous chercher une balle
– laisser la priorité à une partie qui vous talonne avec un nombre de joueurs inférieurs (y compris un joueur seul)
– ne pas remplir votre carte de score sur le green
– placer votre chariot près du départ suivant
– relevez votre balle quand votre score ne vous permet plus d’inscrire de point en stableford

Le « Ready Golf », LA solution

Quelques modifications de règles qui sont dans les cartons pour 2019 vont dans le bon sens. Je pense aux 3 minutes de recherche de balles au lieu des 5 réglementaires aujourd’hui. Ou la possibilité de conserver le drapeau au putting. Mais selon moi, la meilleure des options (car le rythme de jeu ne peut pas être le même pour tous les joueurs), ce serait d’adopter le « Ready golf » (en résumé premier prêt premier à jouer). Y compris en compétition.

Ce serait une solution idéale chez les pros. Les joueurs lents ne pourraient plus se cacher derrière leurs partenaires. Matt Kuchar au British et Alex Noren à Torrey Pines auraient apprécié que cette mesure soit mise en place. Le Royal & Ancient vous engage à le faire dans vos compétitions du dimanche. N’hésitez plus !

Jean d’Ormesson écrivait « qu’il faut faire l’éloge de la lenteur« . Mais il n’était pas golfeur…

PS : pour ceux qui sont allés jusqu’au bout de ces lignes, je dis bravo et je vous récompense de trois vidéos « while we’re young » (« tant qu’on est jeunes »). La première est tirée du mythique film Caddyshack datant de 1980. Dans cette scène le jeu lent était déjà dénoncé avec humour. L’USGA en avait profité en 2013 pour lancer une série de clips vidéos destinés à combattre le jeu lent, avec pour acteurs Tiger Woods, Arnold Palmar et même Clint Eastwood. Un régal…

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