L’US Open 2018 a encore été une fois marqué par un incident majeur lié aux règles. Phil Mickelson a triché délibérément… et n’a pas été disqualifié.



Phil Mickelson est une immense star aux Etats-Unis. Un type adulé pour son formidable palmarès, pour son jeu spectaculaire, pour sa personnalité aussi. Génie du petit jeu, ex grand rival et unique tourmenteur de Tiger Woods dans leurs grandes années, « Lefty » jouit d’une popularité presque aussi grande que le Tigre chez l’Oncle Sam. Les Américains, dont on connaît l’attachement aux démonstrations d’affections familiales, adore ses attitudes de mari parfait, de gendre idéal, son sourire bonhomme, sa fausse candeur, sa disponibilité infaillible avec le public, et bien d’autres choses encore qui pourrait paraître, chez nous ou ailleurs, comme de la super comm’ bien calculée.

Quoi qu’on en pense, Phil Mickelson est un immense champion, toujours compétiteur et compétitif, témoin sa victoire cette année au WGC de Mexico. Mais ce qu’il a osé faire au troisième tour de l’US Open 2018, sur le trou n°13, est scandaleux. Impardonnable ? Il a triché, purement et simplement, devant le monde entier. Il a même avoué dans un sourire gêné face aux caméras qu’il avait agi volontairement. Et le plus incroyable dans cette histoire, c’est que l’USGA, la fédération américaine, organisatrice de l’épreuve et bien plus encore (elle a la charge de développer, promouvoir le golf aux USA et de garantir l’éthique de son sport), ne l’a pas disqualifié. In-croya-ble.

Il ne fait pratiquement aucun doute que si Matthieu Pavon ou Sergio Garcia avaient agi de la sorte, l’USGA les aurait raccompagné à la sortie de Shinnecock Hills manu militari, peut-être même accompagné de bodyguards s’il s’était agi du joueur espagnol, pas toujours apprécié outre-Atlantique. La statut de star adulée dans son pays a sûrement sauvé Mickelson et il en a profité, même abusé. Mais l’opprobre est sur lui. Les messages des commentateurs et des joueurs étaient presque tous unanimes : Phil aurait dû être éjecté du tournoi.

Pour ceux qui aurait manqué cette histoire abracadabrantesque, je vais tenter de la résumer dans le détail, pour mieux comprendre l’ubuesque de la situation. En ce 3e jour de l’US Open, les conditions sont devenues à la limite du jouable. Un vent violent balaie et assèche le parcours. Les greens sont des miroirs. Et l’USGA, dans sa grande sagesse (😭), n’a rien trouvé de mieux que de placer des drapeaux dans des endroits injouables, dans des cassures de pentes ou collés près des bunkers. Les scores explosent dans l’après-midi, tandis qu’Eole est de plus en plus capricieuse. Rickie Fowler ? 84 (+14). Dustin Johnson, le leader ? 77. Scott Piercy, qui partage la dernière partie avec lui ? 79. Avant de se déchaîner contre les organisateurs sur les réseaux sociaux, les joueurs se battent pour ne pas sombrer dans le ridicule, à coups de double bogeys.

Le drapeau du trou n°13 est particulièrement vicieux sur ce court par 4. Ceux qui veulent attaquer le drapeau avec un sand wedge sont tous punis, ou presque. Un mètre trop court et la balle redescend de 25 mètres, avec un chip ou une sortie de bunker injouable. Trois mètres trop long et le putt devient dantesque, en descente avec le vent derrière.

Mickelson a déjà frappé cinq coups quand il doit faire face à ce fameux putt en descente. Il le frappe trop fort. Et la balle, emportée par une bourrasque, prend de la vitesse. Elle va ressortir du green, c’est sûr, pour s’échouer trente mètres plus bas, avec un chip injouable à frapper par-dessus un immense bunker. C’est là que « Lefty » pète un câble. Sous les yeux médusés du public et de son partenaire Andrew « Beef » Johnston, le gaucher court sur le green pour frapper sa balle en mouvement vers le trou, en sens inverse. Son putt à la volée frôle le trou. Il mettra encore deux putts pour en finir. Score sur ce trou : 10 coups, sextuple bogey, dont deux points de pénalité pour ce geste fou.

Que dit la règle ? La 14-5 stipule que deux coups de pénalité doivent être infligés à un joueur qui touche sa balle en mouvement. C’est ce qui a été appliqué dans le cas de Mickelson. Sauf que cette règle est plutôt destinée aux cas de « double touch », lorsque vous touchez deux fois la balle sur la face de votre club, en effectuant par exemple un chip décéléré. Donc involontairement. La règle 1-2, elle, stipule qu’un joueur peut encourir la disqualification s’il frappe sa balle en mouvement délibérément. Mais que cette décision reste à la discrétion du comité… C’est évidemment ce qui s’est passé avec Mickelson, qui ne s’est d’ailleurs pas caché du caractère volontaire de son geste.

 

« Je voulais faire ça depuis longtemps. Oui, la balle serait sortie du green si je ne l’en avais pas empêché, il n’y a aucun doute là-dessus. »

Alors pourquoi le comité de l’USGA n’a pas exclu l’impayable Phil du tournoi ? Les communiqués alambiqués qui sont sortis à destination de la presse tel un interminable « habemus papam » n’ont rien expliqué, rien justifié. La disqualification, c’est vrai, n’est pas prononcé systématiquement en cas d’infraction volontaire. Elle est à la discrétion du comité, en cas d’entrave « grave » au règlement. La faute n’était donc pas grave ? Mickelson a reconnu avoir stoppé volontairement sa balle parce qu’il savait qu’elle allait finir sa course dans un position infernale. Il a estimé qu’il valait mieux recevoir deux coups de pénalité et la laisser sur le green. Si vous regarder bien la vidéo, vous constaterez qu’il a même failli la rentrer avec ce coup de hockeyeur. Et quoi qu’il en soit, il ne l’a pas replacée initialement de là où il avait putté. Il aurait donc pu scorer 7 au lieu de 10 si l’on suit la réflexion du comité jusqu’au bout.

Alors désormais, ce précédent pourrait faire jurisprudence. Imaginez que vous « toppez » un chip qui se dirige vers un obstacle d’eau frontal ou un hors limite. Plutôt que de la laisser regarder couler et de rejouer de l’autre côté de l’obstacle avec un point de pénalité ou de rejouer de là où vous étiez, pourquoi ne pas tenter de la rentrer quand elle va passer aux abords du trou en piquant un petit sprint ? Avec un peu de chance, vous aurez scoré un double bogey hautement improbable si vous respectez la règle. Suis-je clair ? Peut-être pas. Lee Westwood a twitté un cas typique qui pourrait se produire au trou n°15 d’Augusta. Les règles de golf sont déjà compliquées et sans doute imparfaites, mais quand on refuse de les appliquer sous prétexte qu’elle pourrait priver le tournoi de sa superstar, on marche carrément sur la tête.

En tennis, ce problème de l’arbitrage à deux vitesses existe. Réputé très lent avant de servir, Rafael Nadal et Novak Djokovic bénéficient d’une impunité due à leur statut. Les quelques arbitres de chaise qui se sont risqués à leur donner des avertissements ont tout simplement été interdit d’officier sur les matchs de l’Espagnol et du Serbe… par les joueurs eux-mêmes, comme l’ATP Tour les y autorise. Ça grince évidemment du côté des sans-grade. Mais le cas de Mickelson est encore plus grave. Par la grâce d’un 69 le dimanche, il a terminé 48e de cet US Open. Le poing serré à chacun de ses birdies du dimanche, il est reparti goguenard avec des points mondiaux (et donc Ryder Cup) et des dollars en plus au compteur. Pour sa vie de milliardaire, ce résultat ne changera sans doute rien, mais pour ceux qu’il a devancés au classement, pas sûr.

Sans doute cet épisode aura-t-il des suites ? On ne sera pas surpris si Mickelson écrit une lettre d’excuses dans quelques temps ou si le R&A en profite pour affiner la règle 1-2. Mais le mal est fait.

La honte sur toi, Phil !

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