La saison du PGA Tour 2018-2019, débutée en octobre dernier, touche à sa fin ce dimanche 25 août près d’Atlanta en Géorgie. Dix mois ponctués de 4 Majeurs, 4 WGC, de tournois à champ réduit et de tournois réguliers qui se concluent par le Tour Championship, finale réservée à 30 joueurs seulement et qui se partageront une dotation hallucinante de 60 millions de $ ! Nouveau format, nouvelle dotation pour ces playoffs de la FedEx Cup mais l’intérêt des spectateurs sera-t-il vraiment au rendez-vous ?

Un système qui se veut plus simple

Clairement, le nouveau format des playoffs introduit en 2019 a le mérite d’être limpide, ou à première vue plus explicite que celui des saisons précédentes.

Jusqu’alors les playoffs de la FedEx Cup démarraient avec le Northern Trust Open réservé aux 125 premiers de la saison régulière. Les points acquis lors de ce tournoi permettaient d’établir un nouveau classement dont seul le Top100 se voyait offrir une place au Dell Technologies Championship. Ce dernier offrait, sur le même principe, un ticket au Top70 pour le BMW Championship d’où, au final, en ressortaient 30 joueurs qui disputaient le Tour Championship.

Depuis cette année, il n’y a plus que 3 tournois pour ces playoffs (l’étape du Dell Championship ayant été supprimée) qui comptent donc, respectivement, 125 joueurs puis 70 et toujours 30 en finale.

L’autre nouveauté apportée cette saison est que le vainqueur du Tour Championship sera assurément le vainqueur de la FedEx Cup, ce qui par le truchement des points gagnés, principalement, lors des playoffs n’était pas systématiquement le cas les saisons précédentes.

Par exemple, en 2018, Tiger Woods a remporté le Tour Championship et Justin Rose la FedEx Cup. Ainsi depuis 2007 et l’introduction de ces playoffs, 4 fois le vainqueur du Tour Championship n’a pas remporté le trophée de la FedEx Cup (2008, 2009, 2017 et 2018) contre 8 fois où le vainqueur a fait le doublé.

Pour encore plus de dollars

Le PGA Tour pour les (meilleurs) professionnels est vraiment l’Eldorado des golfeurs.

En 2019, le cochon explose ! Le bonus FedEx Cup passe de 35 à 60 millions $ pour les seuls 30 joueurs qualifiés au Tour Championship. Le vainqueur repartira, lui, avec 50% de plus que l’an dernier puisque le chèque de la victoire est désormais de 15 millions $ contre 10 auparavant.

Dans le même temps, le 30e et dernier à l’issue du tournoi devra se contenter de 395.000$, soit quasi l’équivalent de ce qu’a touché l’Italien Andrea Pavan pour sa victoire au BMW International sur l’European Tour. Bon courage Keith Pelley !

Et puis n’oublions pas que les playoffs proposant un tournoi de moins en 2019, le Top10 du classement de la FedEx Cup à l’issue de la saison régulière a été déjà récompensé. Après le Wyndham Championship début août, ils se sont partagés un “petit” bonus de 10 millions $ dont 2 pour Brooks Koepka, leader de l’époque.

Alors certes toute peine mérite salaire. Evidemment, sponsors et chaines de télé y trouvent forcément leur compte pour injecter autant d’argent. Mais, la seule idée que quelques millions utilisés autrement permettraient de promouvoir et développer bien plus le golf suffit à confirmer l’indécence de telles sommes pour une poignée de joueurs.

Simple… en théorie !

Toutefois, pour en arriver à cette apparente simplicité de “celui qui gagne, gagne tout“, le PGA Tour a donc introduit un tournoi “à handicap”.

Le classement général établi à l’issue du BMW Championship (15-18 août) a tenu compte à la fois des points acquis lors de la saison régulière et des points gagnés lors des playoffs. Le Top30 de ce nouveau classement est donc qualifié pour le Tour Championship et offre plus ou moins de coups d’avance pour les meilleurs d’entre eux.

Aussi Justin Thomas, vainqueur du BMW Championship et en tant que leader du classement, va débuter le tournoi cette semaine à -10 ! Patrick Cantlay, 2nd, démarre à -8 devant Koepka -7 et ainsi de suite jusqu’aux 5 derniers des 30 qui s’élanceront dans le Par “normalement”.

Mathématiquement, cela reste effectivement simple. L’Américain Jason Kokrak, 30e, devra alors reprendre 10 coups au minimum à Justin Thomas en 72 trous pour espérer remporter le tournoi et donc la FedEx Cup. Certainement, plus simple à dire et à écrire !

Si on ne tient pas compte des (télé)spectateurs non avertis qui, pour le coup, pourraient penser avoir raté au moins un tour de l’épreuve vu que les joueurs auront des scores, cela peut offrir un spectacle enthousiasmant de voir les derniers s’élancer dans une remontée fantastique.

Une injuste simplicité

Comme le faisait remarquer le journaliste Sébastien Audoux dans un échange sur Twitter, c’est un principe proche de celui d’une grille de départ en Formule 1 basée sur les temps de qualifications. Mais, si on garde cette analogie intéressante, la question est de savoir combien de fois le dernier en fin de grille a remporté la course…

Deux choses apparaissent comme peu équitables.

Savoir être en forme en août

Le premier fait est valable aussi pour les playoffs de la FedEx Cup depuis sa création. Les performances de la saison régulière sont sous-côtées par rapport à ces derniers tournois. Une victoire en playoffs de la FedEx Cup rapporte 2000 points, un majeur seulement 600 (un WGC 550 et une victoire en tournoi 500 ou 300). Conséquence non négligeable, Tiger Woods et Shane Lowry, vainqueurs respectivement du Masters et de The Open, sont absents du Tour Championship.

Dans une vidéo sur Twitter, l’Américain Billy Horschel, vainqueur de la FedEx Cup en 2014 et non qualifié pour la finale cette année, justifiait que la bonne forme d’une semaine de Majeurs ne justifiait pas nécessairement la présence d’un joueur en finale, s’il n’avait rien fait par ailleurs. Un argument que l’on peut entendre et comprendre.

Mais qu’en est-il de cet argument quand la forme du joueur culmine seulement en playoffs ?

Prenons le cas de Patrick Reed, 4e de la FedEx Cup cette semaine, qui va débuter avec un score de -6 et 4 coups de retard sur Justin Thomas. En 2019, le 1er Top10 de “Captain America” date du 30 juin dernier (T5 au Rocket Mortgage Classic) et le second lors de The Open (T10). 50e de la FedEx Cup avant le début des playoffs, il grimpe directement à la seconde place après sa première victoire de la saison au Northern Trust Open (+2000 points).

En parallèle, intéressons-nous à Shane Lowry. 4 Top10 sur ses 6 derniers tournois joués (PGA Tour seulement) dont une victoire à The Open et deux Top3. 18e à l’issue de la saison régulière mais absent de la finale (33e après le BMW Championship).

Dans le même esprit, Xander Schauffele, vainqueur du Tournament of Champions et 2 podiums en majeurs cette année, part ce jeudi avec 2 coups de retard sur Reed.

La logique du golf n’est plus respectée

Avec ces points d’avance, la plus grossière des conséquences est que le meilleur score de la semaine ne gagnera pas forcément le tournoi ! Un Tommy Fleetwood, 21e débutant le tournoi à -1, qui joue (réellement) -10 en 4 jours terminera alors à -11. Pour le battre, Justin Thomas peut seulement jouer -2 en 72 trous. Comment considérer cela comme une réelle victoire à son palmarès (à noter, en parallèle, que le leaderboard réel sera maintenu pour l’attribution des points au classement mondial) ? Aberration.

La légitimité du golf repose sur le respect des règles. En stroke play, le meilleur du tournoi est le vainqueur. Dans un article, GolfDigest a fait l’exercice d’appliquer ce nouveau système aux 12 éditions précédentes de la FedEx Cup. Par 2 fois (2008 et 2011), le vainqueur de la FedEx Cup aurait été différent et 1 fois (2010), il aurait fallu avoir recours à un playoff. 25% des cas (3 sur 12). Finalement peu, ou déjà trop ?

Autre donnée peu favorable pour les derniers du classement. Depuis 2004, le Tour Championship se joue chaque année sur le parcours de East Lake GC à Atlanta. Sur ces 15 dernières éditions, le score moyen du vainqueur est… -11, en partant de 0. 🙂 Et cela inclut le score exceptionnel de Tiger Woods en 2007 (-23). Autant dire que la marge de Justin Thomas est vraiment significative sur les 3/4 du champ, surtout s’il plante 61 d’entrée !

En résumé le PGA Tour propose sans doute à ses membres et aux téléspectateurs un système plus simple où la calculette n’a plus de raison d’être, assurément un format plus riche pour les premiers intéressés mais pas forcément plus juste. Et à défaut de respecter une des règles essentielles de ce sport, reste à souhaiter qu’il soit au moins riche en émotions pour le fan de golf.

 

 

2 commentaires

  1. Totalement d’accord sur le fait qu’il y a un déséquilibre entre les points obtenus en Majeur ou WGC et les playoffs de la Fedex. Le golf, sport qui normalement récompense la régularité, est valorisé dans un championnat qui sanctionne la forme du mois d’août!
    Après, je trouve que le nouveau système de la finale mérite d’être tenté, parce que plus simple par l’affichage en direct du potentiel vainqueur.
    Peut-être, en revanche, que -10, c’est trop et que -8 (2 coups d’avance par tour) aurait suffit!

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