Fin septembre, les 12 américains qui viendront défendre leur titre au Golf National en France sont pétris de talent, ils sont redoutables mais sûrement pas imbattables. Parce qu’au delà de leur victoire à Hazeltine en 2016 ou du palmarès de la saison qui se termine à l’avantage des joueurs de la bannière étoilée, les européens affichent une réelle solidité et nombreux sont les signes positifs qui peuvent leur permettre de remporter leur 12e Ryder Cup depuis 1979. 

L’histoire, ça compte ou pas ?

Pour cette 42e édition, nombreux clament que les USA proposeront la plus forte équipe américaine de tous les temps. Possible. Mais avouons-le, déclarer que Bobby Jones est meilleur que Jack Nicklaus – ou l’inverse, affirmer que Tiger Woods est le plus grand golfeur de l’histoire est un débat aussi impossible qu’inutile. Différentes époques, différentes technologies, différentes approches de la préparation.

Une certitude. Cela fait 25 ans qu’une équipe américaine ne s’est pas imposée en Europe. C’était en 1993, au Belfry (Angleterre). Bernard Gallacher, le capitaine écossais, a été reconduit malgré la défaite 2 ans auparavant à Kiawah Island (15.5-13.5). Après les doubles, l’Europe menait d’un petit point mais l’équipe était “abandonnée” par ses cadres le dimanche. Faldo (#1 mondial) et Ian Woosnam (#7) font match nul, Langer (#3) et Olazabal (#9) sont battus. Les américains doublent leur capital points lors des simples (7.5-4.5) et gagnent pour la 2e fois consécutive. 

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Depuis, l’Europe a joué 5 fois à domicile pour autant de victoires, avec un écart moyen de 3.5 points. L’équipe qui reçoit a un avantage, c’est certain. Pour l’Europe encore plus. Le Vieux Continent compte 6 victoires, 1 nul (1989) où le trophée est conservé, contre seulement 2 défaites (1981 et 1993) lorsque l’Europe joue chez elle.

L’Albatros, l’appel à un ami

Tous les 4 ans, chaque équipe choisit donc son parcours. Ce choix est d’autant plus important qu’il a pour but de favoriser les hôtes. En 2016, le capitaine américain Davis Love III avait fait “raser” le rough pour favoriser ses longs frappeurs. L’Albatros du Golf National veut aussi servir les intérêts de l’Europe, mais cette fois en désavantageant les adversaires par la même occasion. Alejandro Reyes et ses équipes ont pris soin de préparer l’Albatros aux petits oignons. Un rough dense, épais, proche des fairways et dans lequel la balle est difficile à manier pour faire pleurer les américains aussi souvent que possible.

Dustin, Brooks et consorts, on le sait, frappent fort, loin mais pas toujours droits. Dans le Top15 de la distance moyenne au driving sur le circuit américain, on trouve 5 joueurs de l’équipe des USA (Finau, Johnson, Koepka, Watson et Thomas) contre seulement 2 européens (Rahm et McIlroy, ce dernier est toutefois leader du classement).

En revanche, côté fairways touchés, le premier des 12 américains est Rickie Fowler… à la 54e place ! Alors que Molinari, Poulter, Rose et Stenson (1er avec 74.79%) sont devant lui. On trouve même carrément 8 américains avec une moyenne de fairways touchés inférieure à 60% sur cette saison 2018 (Watson, Woods, Johnson, Thomas, Koepka, Reed, Finau et Mickelson) contre McIlroy et Rahm dans le clan bleu. En clair, il ne fait pas bon à frapper fort si on veut être précis !

Les titres sont américains, et pourtant…

Bien sûr, les résultats de cette saison illustrent globalement la domination des joueurs des USA : 3 Majeurs contre 1 à l’Europe, même chose pour les WGC (3-1). Vous y ajoutez The Players remporté par Webb Simpson et les 2 premières manches des playoffs de la FedEx Cup par DeChambeau et le constat est sans appel : les grands rendez-vous de la saison ont été trustés par les joueurs de l’équipe américaine !

Pourtant, à 2 semaines du début de la Ryder Cup 2018, c’est bien Justin Rose qui est devenu le nouveau n°1 mondial, malgré sa défaite au BMW Championship. Un européen au sommet de la hiérarchie mondiale, ce n’était pas arrivé depuis plus de 3 ans avec Rory McIlroy. Justin, le leader incontestable de l’équipe européenne, est désormais l’anglais le plus titré de l’histoire du circuit américain avec 10 victoires dont 2 cette saison ainsi que 10 Top10 sur 18 tournois joués grâce à un putting beaucoup plus performant.

Thomas Bjørn pourra compter également sur Rory McIlroy qui a retrouvé plus de constance et de régularité au cours de l’été (6 Top10 sur les 11 derniers tournois joués entre l’Europe et les USA). Le nord-irlandais n’a joué que 3 fois l’Open de France mais il signe une 4e place en 2010 et une 3e en 2016 lors de ses 2 dernières participations.

Autre pilier de l’équipe, Francesco Molinari qui réalise la meilleure saison de sa carrière avec son couronnement à Carnoustie en juillet. Second du classement “Strokes Gained: tee-to-green” sur le PGA tour, il apparait comme un maillon essentiel pour les matches de double. L’italien réussit plutôt bien sur l’Albatros avec 3 places de deuxième à l’Open de France lors de ses 8 dernières venues.

Personne n’a réellement besoin d’être convaincu de l’apport de Ian Poulter dans cette équipe. L’anglais qui a remporté en avril dernier son premier tournoi (Houston Open) depuis près de 6 ans est aussi le joueur qui affiche le meilleur pourcentage de victoires (72%) des 12 sélectionnés.

Casey, Stenson et Garcia sont les 3 autres joueurs expérimentés de l’équipe. 3 joueurs qui sont autant d’inconnues aujourd’hui mais dont les atouts sont indéniables.
L’anglais a renoué avec le succès en 2018 et affiche une stat intéressante (pour une place en foursome notamment) : 1er en proximité du drapeau sur les approches à plus de 180m, cette saison sur le PGA Tour.
Le suédois, malgré sa blessure au coude, reste un monstre de régularité : 1er au % de fairways touchés (74.8) , 1er au % de greens en régulation (74.3), 1er sur les putts de moins d’1 mètre (100% sur 461 putts) !
L’espagnol ne réalise pas une bonne saison, c’est un fait, mais sa 8e place à l’Open de France avec une carte de 64 le samedi est un bon point pour la compétition qui l’attend. Et puis Sergio, c’est de la trempe des Faldo, Montgomerie et autre Ballesteros quand il s’agit de la Ryder Cup. Cette compétition le stimule et le motive à outrance. Il est à 2.5 points du record de Nick Faldo (25 points gagnés) en Ryder Cup. Un challenge qui saura aussi certainement le titiller.

Des solides débutants

Alors oui, l’Europe compte 5 cookies dans ses rangs, 2 de plus que les USA. Tommy Fleetwood et Alex Noren honoreront leur 1re sélection mais on parle tout de même des 2 derniers vainqueurs sur l’Albatros. Jon Rahm a prouvé qu’il progressait encore, avec un nouveau palier franchi dans les Majeurs : Top5 au Masters et au PGA Championship. Olesen affiche une forme évidente depuis son titre lors de l’Open d’Italie. Hatton reste le seul des rookies sans victoire cette année mais son tempérament mi fougueux, mi-hargneux pourrait en faire un “Cap’tain Europa” de premier ordre.

Oui mais quand même…

Certains argumenteront que, bien sûr, l’Europe a de très bons joueurs mais les américains sont bien au-dessus. Alors citons en vrac :

  • Fowler et Spieth n’ont pas gagné un tournoi cette année.
  • Watson a passé le cut en Majeurs seulement à Augusta.
  • Koepka a confirmé l’étendue de son talent en Majeurs (seulement), sur des parcours américains, et sa seule participation à l’Open de France (2014) s’est soldé par un cut raté.
  • Reed digère toujours son Masters.
  • Woods et Mickelson devront accepter d’être relégués à un rôle de second plan.
  • DJ a perdu 5 matches de double sur 8 joués en Ryder Cup.
  • Simpson est 135e au classement “SG Tee-to-Green” sur la saison.
  • DeChambeau, Thomas et Finau sont en forme mais joueront tout de même leur 1re Ryder Cup 😉

Ceci étant dit, les américains arriveront sur le sol européen emplis de la confiance d’un tenant du titre, empreints d’un esprit d’équipe forgé par la nouvelle génération mais aussi les épaules alourdies par la charge qui leur incombe : faire oublier les défaites de leurs ainés à l’extérieur.

L’Europe, en plus des qualités de ses 12 sélectionnés, saura elle s’appuyer sur un parcours à sa mesure et un public en majorité acquis à sa cause.

Allez, besoin d’un petit signe encourageant supplémentaire ? Une seule fois dans l’histoire, la Ryder Cup a eu lieu les 28-29 et 30 septembre… À Medinah en 2012 ! 🙂

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