Olivier Tourrenc débute le golf à l’âge de 10 ans sur le golf de Massane (Montpellier) inauguré 2 ans plus tôt en 1988. Bon joueur amateur, il met le golf entre parenthèses à cause d’une blessure à l’épaule l’année du bac. Pendant ses études en fac de sports, il enseigne bénévolement à Massane tout en étant caddie professionnel de Adrien Mörk (2002-2005). Des expériences qui confirment son désir d’enseigner. Diplôme après diplôme, année après année, il développe sa méthode d’enseignement et évoque pour LPBB son travail au quotidien avec les amateurs qu’il encadre.

Le parcours d’Olivier Tourrenc

Quel est ton parcours professionnel ?
Je passe pro en 2006 pour avoir un bon niveau pour le BP que j’ai eu en 2008 puis je commence à enseigner à Massane. En 2009, je fais le DE diplôme d’état car je trouvais que je n’en savais pas suffisamment, entre 2009-2013 je suis entraineur de ligue, et en 2014-2016 j’obtiens le DES, qu’on appelle le 3e degré.

Et maintenant la formation TPI ?
Pour pouvoir enseigner il faut pouvoir se renouveler tous les deux ans à mon sens. C’est obligatoire de se former ou d’aller voir ce qui se fait ailleurs, c’est pour cela que 2 ans après le DES j’ai fait les formations TPI. C’est quelque chose que je me suis fixé, cela me permet de ne pas m’enfermer dans un carcan.

Olivier Tourrenc avec Greg Rose TPI Instructor 2018
Olivier Tourrenc (à gauche) et Greg Rose, TPI Instructor – 2018

Pourquoi le TPI ?
Parce que c’est une reconnaissance internationale, et surtout c’est une approche de l’enseignement auquel je croyais et que j’avais déjà mise en place : cela se fonde beaucoup sur le physique des gens, en partant d’un principe que si tu n’as pas testé la personne physiquement alors l’enseignement n’est que des suppositions.

C’est-à-dire ?
Si tu essayes de faire une leçon mais que le physique de ton élève ne suit pas il n’y aucune chance qu’il y parvienne. D’ailleurs toi-même Christophe, tu as pu t’en apercevoir puisqu’à partir du moment où tu as pu mieux bouger, tu as eu plus de facilité à swinguer. (je confirme !)

Son enseignement

Raconte-nous ta manière d’enseigner ?
Je pars du principe qu’il y a une relation entraineur-entrainé, mon discours et ma méthode ne passe pas forcément avec tout le monde, car tout coach ne passe pas avec tout le monde, et je suis arrivé à un stade où je préfère prévenir les élèves plutôt que de m’adapter ou de changer ma façon de faire. Evidemment je m’adapte au physique des gens comme je l’expliquais et je ne vais pas essayer de faire swinguer tout le monde de la même façon, d’ailleurs si je pouvais montrer tous mes élèves : les swings ne se ressemblent pas, il y a des bases, c’est à dire la cinématique est la même, l’enchainement bas du corps / haut du corps est là mais après derrière le placement du club, le placement des mains, et plein de choses ne sont pas identiques, donc je m’adapte. Mais, à mon sens on swingue tous différemment.

Ci-dessous : séance de travail de Christophe avec Olivier

Quel est le matériel d’entraînement indispensable ?
Les sticks. Il faut aussi taper sur herbe dès que l’on peut. Le Swingyde ou le Power Package qui permettent d’avoir un armement du club et des poignets corrects et une phase de club square par rapport à l’avant-bras gauche, c’est le seul outil qui est cohérent par rapport à l’armement des poignets. Et les Super Speed, c’est le meilleur outil pour travailler la vitesse.

Les radars ont-ils confirmé ou modifié ton enseignement ?
Je pense avoir été un des premiers dans le Sud entre Biarritz et Cannes à avoir un box d’enseignement en 2009, avec l’aval de ma direction du golf de Massane. Je l’avais vu aux Etats-Unis, et en discutant avec de très bons entraineurs j‘ai compris qu’un bon coach c’est un coach qui a un oeil aguerri, et l’oeil ça s’éduque, notamment avec la vidéo. Cela m’a permis de comprendre certaines choses sur la balle, sur les appuis, sur la mécanique, et donc où mettre mon oeil au bon endroit. Et puis en débutant sur Massane avec d’autres enseignants dans la région cela m’a permis de me faire connaître, et de me différencier alors que je n’avais pas autant d’expérience. Maintenant j’ai des convictions et je sais où regarder pour voir ce qui m’intéresse.

Tu as eu plusieurs élèves champions de France, qu’est-ce qu’ils t’apportent ?
La dernière c’est Rose Le Tendre, championne de France benjamine U14 au golf de Bondues en 2016. Sa victoire m’a apporté pas mal de satisfactions dans la mesure où j’avais dit à son père qu’elle avait tout pour être championne de France quand elle n’était encore que 54 d’index. Je m’étais mouillé un peu à cette époque mais elle avait beaucoup de qualité physique, d’explosivité notamment, et des qualités mentales puisqu’elle était très réactive et très tenace. Elle cochait plein de cases sur une détection de jeunes qui faisait qu’on pouvait espérer qu’elle réussisse. Chez les jeunes filles c’est l’avantage c’est qu’à partir du moment où on a de bonnes qualités explosives et qu’on est vif mentalement : on a un bon terreau, je n’ai pas eu à faire grand-chose, même s’il a fallu le faire tout de même ! 🙂

Si l’enfant commence le golf tôt c’est très bien mais il doit conserver notamment des sports collectifs ou des sports à haute intensité Olivier Tourrenc

Son oeil d’entraîneur

Pourquoi les amateurs s’échauffent-ils aussi mal ? Uniquement à cause du manque de temps ?
Ils pensent que cela ne sert à rien et ils ne l’ont jamais fait, mais ça commence à changer. Ce n’est pas seulement une histoire d’emploi du temps puisqu’en un quart d’heure, on peut être échauffé correctement. J’ai beaucoup de conviction à ce sujet et je ne lâche pas le morceau, un élève bien échauffé est plus apte à faire une bonne séance.

Quelles sont les grosses erreurs à éviter à l’échauffement ?
S’étirer à froid bien sûr ! Il ne faut pas démarrer par le haut du corps mais toujours par le bas, car plus je vais faire bouger le bas plus je vais monter en température donc je m’échauffe plus, et le gros risque c’est de commencer par une rotation sans avoir échauffé le bas. Le classique : je pose le club sur les épaules et je commence à tourner…

Quels sont les principaux changements que tu observes depuis 10 ans chez les jeunes ?
Avec ma génération, il y avait très peu de parents sur les fairways voire pas du tout. Les parents nous déposaient à l’entrée du golf, on jouait et on réglait nos problèmes entre nous, à présent il y a presque plus de parents que d’enfants et ils sont très impliqués. Cela peut être bien mais aussi compliqué.

Pourquoi ?
En tant qu’enseignant, on doit impliquer les parents et on doit également s’impliquer dans la relation qu’ils peuvent avoir avec leurs enfants dans le sport, mais pas ailleurs. Un parent qui est très impliqué il faut que cela devienne un atout.

Donc tu constates plus de jeunes au golf ?
Oui mais je constate aussi qu’à présent, l’enfant ne fait souvent que du golf très tôt, ce qui est une bêtise énorme ! A partir du moment où l’enfant est spécialisé trop tôt dans le golf, il perd des capacités physiques et se développe moins bien. Il faudrait que la spécialisation golf apparaisse à 14 ans. Il y a quelques contre exemples mais tout ce qui va être explosivité et tonicité ne sera pas suffisant. Si l’enfant commence le golf tôt c’est très bien mais il doit conserver notamment des sports collectifs ou des sports à haute intensité, ce qui n’est pas le cas du nôtre.

Sa vision des professionnels

Quand on est enseignant et qu’on assiste à la Ryder-Cup, qu’en retiens-tu ?
Que j’ai enfin vu Tiger Woods que je suis depuis 1997 et sa victoire au Masters ! 🙂
Sinon Olesen est le seul sur les 24 qui n’est pas “empilé” parfaitement devant la balle et c’est lui qui est au-delà de la trentième place mondiale. Les autres peuvent être alignés à droite ou à gauche, ou ouverts au niveau du stance mais l’empilement devant la balle avec l’alignement des hanches, des épaules des jambes sous les hanches, etc. : ils sont tous empilés parfaitement. Comme quoi la simplicité et les basiques sont essentiels !

Et donc un Top joueur aujourd’hui il ressemble à quoi ?
Il a le physique d’un athlète, le respect des basiques au niveau de la posture et après ils sont hors normes côté chipping et putting dans le Top 20 mondial. 5 joueurs dans le monde ont des longeurs de drive records mais les vainqueurs de tournois se trouvent parmi les 10 meilleurs long jeu du départ au green sur 4 tours et les meilleurs également dans le petit jeu. Et ils changent peu leur jeu ! Koepka va faire toujours la même chose, son fade très haut au-dessus des arbres par exemple sur un dogleg gauche, c’est à dire s’il doit faire un coup qu’il ne maitrise pas : il ne va pas le faire. Ce qui est d’ailleurs le problème de beaucoup de joueurs qui, même s’ils ne savent pas faire un coup, ils le font quand même.

Et pour les femmes ?
Elles chipent beaucoup mieux, elles parviennent à mieux conserver une face plus ouverte grâce au travail sur le physique, les avant-bras et poignets et l’utilisation des radars, du coup elles prennent plus de risques.

Pour conclure cet entretien, qu’est ce qui te fait rêver dans ton métier ?
Ne jamais négliger les secondes lames car une personne peut se révéler alors qu’au départ soi-disant elle n’était pas dans les clous. Faire progresser les gens et leur faire prendre du plaisir. Et le cadre également, pour rien au monde je ne voudrais faire autre chose ! 🙂


Entretien réalisé en Février 2019 par Christophe Souday.
Héraultais de 47 ans, Christophe a découvert le golf en 1980 aux USA à Tucson où il a grandi. Consultant en marketing, à partir de 2004, il a conseillé des entreprises dans le sponsoring de tournois de golf. Depuis 2009, il se rend régulièrement sur des tournois de l’European Tour, du LET et l’Evian Championship. Il a également travaillé 3 ans dans le marketing digital & stratégique dans le retailing golf.


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