lundi 23 mai 2022

Hideki Matsuyama, grand maître japonais

En triomphant au Masters, Hideki Matsuyama a écrit une page importante de l’histoire du golf. Il est le premier Japonais à triompher en Grand Chelem. Et il l’a fait de main de maître… Sensei !

Hideki Matsuyama, nouvel empereur

L’image de ce Masters 2021 aurait pu être l’émotion contenue de Hideki Matsuyama, au sortir du dernier green qui a fait de lui un nouvel empereur au Japon. Une image magnifiée par une caméra photographe plan serré. Un moment magique qui résume aussi la remarquable réalisation télé du tournoi et ses plans drones séduisants…

Cela aurait pu être aussi le moment solennel où Dustin Johnson lui a enfilé la fameuse veste verte. Le timide Hideki Matsuyama, qui ne parle pas bien l’anglais, était d’évidence un peu mal à l’aise, mais la scène est historique : si deux Japonaises avaient déjà remporté un tournoi majeur (Hisako Higuchi au LPGA Championship en 1977 et Hinako Shibuno au British Open 2019), jamais un représentant du pays du soleil levant n’avait triomphé en Grand Chelem.

Le faire au Masters fait de Matsuyama un héros national, un précurseur aussi. On ne va pas se mentir. Même si notre blog défend énormément le golf féminin, le retentissement de ce succès sera à nul autre pareil au pays des Nipponset même dans l’Asie toute entière. C’est le Masters…

Mais on a préféré une autre scène, par dessus tout : quand le caddie du vainqueur, Shota Hayafuji, a salué casquette baissée le 18e green d’Augusta après avoir remis en place le drapeau au trou n°18. Les Japonais salue de la sorte, en s’inclinant. Cette scène furtive est bouleversante de notre point de vue car elle montre à quel point la culture japonaise est empreinte de tradition et de respect. Y compris envers un lieu de sport.

Cette gratitude envers le parcours, le tournoi et son histoire dit tout de ce que cet homme a vécu aux côtés de son joueur. « J’étais heureux pour lui aussi, car il n’avait jamais gagné avec moi, a expliqué Matsuyama. Quand je suis tombé dans ses bras, j’ai pu laisser l’émotion de la victoire m’envahir, moi aussi. » De la joie donc, de la passion, mais sans exubérance : une attitude qui sied si bien à Augusta…

Matsuyama vainqueur du Masters 2021, c’est bien sûr une énorme surprise même si le Japonais avait déjà brillé dans ces lieux, notamment en tant qu’amateur (il avait terminé 27e en 2011 à 19 ans). Après un troisième tour de feu (65) vierge de tout bogey (seul Matsuyama et Rahm le dimanche ont réussi cette prouesse sans faux pas), le 25e mondial s’était offert quatre coups d’avance sur une meute de poursuivants aux allures eux aussi d’outsiders.

Des surprises et du grand spectacle

Car les favoris ont déçu : Dustin Johnson, n°1 mondial et tenant du titre, a manqué le cut, tout comme Rory McIlroy, à côté de son swing, et Victor Perez, trop imprécis avec son jeu de fers et ses approches. Bryson DeChambeau a bombardé sans discernement le parcours, ou plutôt les abords du parcours… Jon Rahm, finalement 5e, s’est réveillé trop tard. Jordan Spieth (3e) a été au rendez-vous mais trop intermittent et Justin Thomas (21e) a caviardé son week-end (75 et 73).

Ce Masters 2021 en mode avril, en configuration « normale », a pourtant été sublime. Du jeudi au dimanche, on s’est régalés devant nos écrans, même si bizarrement la fonction géniale « my group » a été géobloquée en France en milieu de tournoi. Le spectacle a été total, avec une première journée dantesque dans le vent sur des greens verglas. Le « moving day » a tenu ses promesses, le suspense s’est invité sur le final le dimanche, quand Xander Schauffele et Will Zalatoris ont tour à tour chahuté la belle avance de Matsuyama.

Surtout, quel parcours ! Augusta en avril on aime ! Comme l’a dit Paul Casey, « le set up était fantastique avec autant de trous où l’on peut faire des birdies ou des doubles bogeys« . Même Bryson DeChambeau a ravalé ses prétentions. Après avoir annoncé qu’Augusta serait pour lui un par 67 compte tenu de sa puissance, il a finalement salué « le challenge incroyable que propose ce parcours« . Le bodybuildé du PGA Tour a terminé 46e à +5. Il devra apprendre à jouer ce par 72, lui aussi.

Pour maîtriser Augusta cette année, il fallait donc du talent, de la stratégie, du calme, de l’audace mais aussi de l’humilité. La combinaison parfaite pour que le vainqueur se nomme Hideki Matsuyama.

Guillaume
Guillaume
Guillaume est "tombé" dans le golf il y a déjà plus de 20 ans, en découvrant ce sport sur un pitch and putt en Anjou. Son premier souvenir de télévision lié au golf est la Ryder Cup 1995 à Rochester, avec une victoire de l'Europe, déjà... Depuis, il est un téléspectateur assidu des tournois pros. Son putting hésitant ne lui a pas permis de faire décoller (ou plutôt descendre) son index, mais cela ne l'empêche pas d'aimer parler de "la petite balle blanche"... Spécialités: PGA Tour, Ryder Cup & découverte de parcours

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