Avec une nouvelle année de baisse du nombre de licenciés enregistrée par le golf français (près de 6000 par rapport à 2013 et plus de 14000 depuis 2012), la Fédération Française de Golf attend beaucoup des prochaines échéances sportives que sont les Jeux Olympiques de 2016 et la Ryder Cup de 2018 pour susciter un engouement envers le golf. Elle espère aussi qu’un succès français dans (au moins) une épreuve majeure permettra d’inverser la courbe du nombre de ses licenciés. Autant de possibles leviers pour le futur alors que ceux d’aujourd’hui sont sous exploités.

L’olympisme pour allumer la flamme…

À vrai dire, la difficulté (pour ne pas écrire l’obstacle) que rencontre le golf concerne à la fois sa médiatisation et son format de compétition.

Avec un sport, aujourd’hui, confiné sur des chaînes de télévision privées et payantes (Canal, Golf+, GolfChannel pour la France), faire découvrir le golf à un public non amateur relève de la mission quasi impossible.
L’espoir pourrait alors résider dans les prochains JO du 5 au 21 août 2016 parce que les Jeux offrent une vitrine d’exposition pour de nombreux sports qui n’y ont guère le droit en dehors de ces 3 semaines tous les 4 ans.

le golf français aux JO 2016Hélas, à mon sens, la Fédération Internationale de Golf s’est trompée en privilégiant une formule en stroke play où 60 joueurs seront au départ pour un classique 4 tours de 18 trous.
Avec 28 sports et plus de 300 épreuves au programme des JO, il est assez peu imaginable qu’une chaîne nationale diffuse plusieurs heures de golf tant les disciplines vont se “télescoper”. De plus, chacun des 3 premiers tours n’aura que peu d’intérêt sportif pour un non golfeur : ni qualification, ni médaille en jeu à ce moment-là. Quelle sera alors l’opportunité d’éveiller une réelle curiosité du grand public en ne montrant que quelques trous d’un final qui se jouera sur la dernière demi-heure de la dernière journée… Et en espérant que le “Money Time” ne tombe pas au même moment qu’un combat de Teddy Riner, ou que le titre ne revienne pas finalement à un joueur déjà au club-house lors de la prise d’antenne. Sinon, allez expliquer ça à un néophyte ?!

Maintenant, imaginez un instant le match play de Dubuisson au WGC, l’année dernière, dans un contexte de titre olympique ?
Le suspense et sans doute un peu l’émerveillement qu’aurait déclenché ce final face à Jason Day. Cette formule est tellement plus simple à comprendre et beaucoup plus “télégénique” ! Quelque soit le niveau de la compétition, du 1er tour jusqu’en finale, la diffusion des derniers trous décisifs pour une qualification au tour suivant ou une chance de médaille auraient pu capter et même captiver le téléspectateur non connaisseur.
Avec le choix du stroke play, seule une médaille française offrira un peu de visibilité sur des chaînes nationales. Éventuellement.

Et l’effet Ryder Cup ?

Avec la Ryder Cup 2018, la formule par équipes et le match play ont de quoi séduire. Mais cette compétition ne pourra toucher au-delà de la famille du golf que sous 2 conditions.
ryder cup 2018 - Golf NationalLa 1ère, sans doute susceptible d’être remplie, la présence d’au moins 1 français dans l’équipe européenne pour réveiller le tempérament “chauvin” qui nous habite même lorsque l’on n’est pas un adepte de la discipline. Je doute qu’un spectateur lambda s’emballe aussi facilement pour les seuls McIlroy, Stenson et consorts… Si ce n’est peut-être un Poulter des grands jours ! 😉
La 2nde sera encore liée à la diffusion. Peu de chances qu’elle échappe au groupe Canal et là, on se retrouve implicitement avec une audience limitée… À moins d’une diffusion en clair, au moins pour les simples du dimanche par exemple, et j’aime à penser que cette chaîne peut vouloir jouer le jeu. 🙂

Alors, oui, la Ryder Cup est un évènement énorme et c’est déjà une fantastique réussite de la FFGolf d’avoir réussi à en obtenir l’organisation. Tous les golfeurs en sont convaincus ! Mais avec une prévision de 90.000 billets accessibles au public sur les 3 jours de la compétition, la priorité devrait être donnée aux licenciés, ce qui est normal mais du coup peu favorable, encore une fois, pour la population non golfique.

Un “Noah” du golf français

dubuisson - golf françaisSi la France a semé des graines de champions avec Dubuisson, Lévy, Stal ou Wattel, qui prouvent année après année la progression du golf français au niveau mondial, il leur manque encore un succès “retentissant” que seul un titre dans un des 4 Majeurs pourrait offrir.

Régulièrement la FFGolf fait allusion à cette victoire comme le déclic attendu en y associant l’exemple de Yannick Noah, vainqueur d’un Majeur au tennis en 1983. Sauf que Roland Garros a une portée incomparable auprès des français par rapport à un Masters, un US Open, The Open ou l’USPGA. Aucun de ces tournois du Grand Chelem de golf n’a lieu en France, ni ne bénéficie d’un passage sur France Télévisions un dimanche après-midi.
En outre, après échange avec des spécialistes, l’effet Noah sur le développement de son sport en France est à modérer car le vrai boom du tennis a été provoqué par le suédois Björn Borg dans les années 70 et la victoire du français n’a fait qu’accompagner le phénomène.

Convertir les golfeurs en licenciés…

Compte tenu de ces éléments qui ne favorisent guère le développement du golf auprès des non connaisseurs, la marge de manoeuvre de la Fédération, et on peut penser son objectif, réside dans ses indicateurs qui affichent 800.000 pratiquants au total. Ils seraient même 10 fois plus à envisager de s’y mettre un jour…

Il lui faut donc séduire les golfeurs non affiliés et attirer ces joueurs potentiels pour espérer atteindre ses ambitions de 600.000 licenciés en 2022, tout en fidélisant les 408.388 à fin 2014.

La Fédération doit donc, d’une part, faire connaître son produit, le golf, et, d’autre part, assurer une proximité vis-à-vis de ses licenciés. Et, de nos jours, quel meilleur outil que la communication digitale (site web, mailings et réseaux sociaux entre autres) pour assurer cette mission ? Avec 30 millions de comptes actifs en France, les golfeurs d’aujourd’hui et de demain y sont logiquement représentés.

En communiquant pour rassembler !

Réseaux Sociaux - golf françaisLes prochaines échéances sportives et l’émergence d’un champion sont les priorités absolues des instances du golf français. On l’a compris ! 90% de ses actualités et des publications sur les réseaux sociaux sont axés sur les professionnels : tournois, résultats, compte-rendus, interviews, … Mais la vocation de la FFGolf, via un compte générique, ne peut pas être la même que celle du Journal du Golf ou du Figaro Golf pour ne citer qu’eux ! Un tel choix de communication revient à penser que pour susciter l’intérêt d’un produit, il faudrait parler quasi exclusivement de ses meilleurs “vendeurs”…

Personnellement, j’en doute et cela va même à l’opposé de ce que j’ai appris au cours de mon expérience professionnelle. La clé, c’est de communiquer sur un contenu en adéquation avec les attentes et les objectifs de sa communauté et de ceux qui la feront grossir. Si vous prenez le temps d’explorer le site internet de la Fédération, ce contenu existe, il est même riche et dense !

  • La licence offre de multiples avantages ? Une publication sur chacun de ceux-ci peut vous faire  bénéficier du relai de vos différents partenaires pour toucher votre cible de manière exponentielle.
  • La création d’un plan de 100 petites structures de proximité ? Une annonce lors de chacune des ouvertures est l’occasion de toucher votre cible de manière géographique.
  • Vous disposez de 600 clubs adhérents ? Faire connaître régulièrement leurs initiatives et vous valorisez votre proximité sur tout le territoire.
  • Vous instituez un droit de jeu fédéral ? Savoir être les premiers à informer, expliquer et discuter pour interagir avec votre communauté et leur montrer qu’elle compte pour vous.

En clair, quand vous pouvez parler du golf au sens large et toucher le plus grand nombre (les pros n’intéressent qu’une frange des golfeurs actuels et sûrement pas les non initiés), pourquoi choisir une communication axée de manière quasi unilatérale sur l’élite plutôt que sensibiliser, éduquer et faire découvrir le golf ?

Le golf boostera… le golf !

Entendons-nous bien, il n’est pas question de faire abstraction du haut niveau mais lui accorder une juste place dans la communication, surtout à travers les réseaux sociaux. Si demain, une médaille olympique, un succès de la Ryder Cup 2018 ou un majeur, ou les 3 à la fois, était au rendez-vous, il valoriserait sans contestation le travail réalisé depuis des années et la FFGolf méritera les félicitations, mais en attendant…

Licence-LB2015Le golf, ce n’est pas que performances, classements et champion(ne)s.

Le golf, c’est aussi les entraîneurs, les caddies, les architectes, les green-keepers, …

Le golf, c’est également le travail des équipes de la Fédération et des clubs qui œuvrent au quotidien pour accueillir, accompagner, faire progresser les joueurs débutants ou confirmés, réguliers ou occasionnels.

Le golf, c’est surtout synonyme de plaisir, détente, nature, respect, rencontres, convivialité, partage, autant d’atouts qui attirent et rassemblent. Grâce à ma licence, le golf avance ? Il me semble nécessaire que la Fédération communique autrement aujourd’hui pour avoir une chance d’être plus nombreux demain à applaudir les Champions du golf français.

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