Tiger Woods n’a pas gagné son 15e Grand Chelem. Le parcours de Bellerive, dans le Missouri, a consacré un autre bombardier américain au sourire carnassier. Le body buildé Brooks Koepka a confirmé après son doublé à l’US Open qu’il était candidat à la place de n°1 mondial, aux côtés des Dustin Johnson, Justin Thomas et autres Jordan Spieth.

 Le golf américain est vraiment béni.

Mais pour le public US, et même pour le monde du golf en général, la star du tournoi, le grand vainqueur et l’homme qui transcende de nouveau son sport depuis quelques mois, c’est évidemment Tiger. Le “Tigre” a terminé seul second de ce PGA Championship, à deux coups du playoff. Il a surtout enflammé le bouillonnant public de Saint-Louis qui n’avait d’yeux que pour lui. Il a fait chavirer la Twittosphère. Aujourd’hui, tout le monde est unanime : “We love Tiger Woods”.

Pourquoi cet amour inconditionné pour l’homme aux 14 titres du Grand Chelem ? Quand il écrasait son sport dans les années 2000, Tiger était déjà une star planétaire à l’influence immense. Métis black dans un milieu ultra conservateur, il a ouvert des portes que l’on croyait fermées à jamais. Apôtre de la puissance, il a révolutionné la pratique. Son jeu spectaculaire à hauts risques, digne de Seve Ballesteros, et son mental infaillible semblable à celui de Jack Nicklaus, ont fait le reste. Tiger était à la fois Roger Federer, Rafael Nadal, Michael Jordan, LeBron James, Mike Tyson, Usain Bolt, Zinedine Zidane, Lionel Messi… Bref, vous m’avez compris…

Mais soyons tout à fait honnête, l’amour du public et même de ses pairs n’était pas aussi absolu qu’aujourd’hui. Froid avec la presse, distant avec ses fans, hautain avec ses rivaux, Tiger Woods vivait dans un monde parallèle. Son manque de générosité lui a valu quelques inimitiés, des joueurs comme Vijay Singh en passant par son ancien caddie Steve Williams et son ex coach Hank Haney, auteur d’un livre un peu dénonciateur (“The Big Miss“).

Et puis il y a eu la chute. L’opprobre d’abord avec ses problèmes extra conjugaux, révélée en 2009 et étalée par la presse à scandales. Et le corps martyrisé par des heures d’entraînement et de travail de fonte qui lâche, petit à petit. Des opérations, un premier retour gagnant, puis des yips et un jeu qui défaille, et de nouveau des douleurs jusqu’à ne plus pouvoir marcher normalement. Enfin, il y a la descente aux enfers, symbolisée par une arrestation nocturne aussi triste que pathétique.

La time line des blessures du Tigre

Elevé à la dure par un père ancien béret vert trop vite disparu, Tiger Woods a manqué dans sa jeunesse de repères familiaux. Sans vouloir faire de psychologie à deux euros, on peut trouver une explication à son attitude dans son éducation à la dure selon Earl Woods. Longtemps, il fut un monstre froid, obsédé par la victoire, mais pauvre dans ses relations humaines. En même temps qu’il réussit un retour sportif que l’on croyait impossible, le Tigre est parvenu à un exploit encore plus inimaginable. Il s’est ouvert aux gens. Il partage. Il sourit, même lorsqu’il ne gagne pas. Sa priorité absolue n’est plus la victoire : ce sont ses enfants.

“La seule chose qu’ils ont vu de moi en tant que golfeur, c’est des difficultés et de la souffrance physique. Aujourd’hui, ils veulent juste jouer avec moi au foot. C’est un sentiment tellement agréable.”

Tiger Woods à propos de ses deux enfants Sam (11 ans) et Charlie (9 ans), après le British Open 2018

Forcément, au pays d’Hollywood, de la réussite sociale et des valeurs morales, une telle histoire ne peut que séduire. Mais Tiger Woods n’est pas seulement un héros adulé aux Etats-Unis. Les amoureux du golf dans le monde entier vibrent à ses birdies. Sans la moindre réticence. Beaucoup de jeunes joueurs, inspirés par ses performances et épargnés par sa domination, ont envie de le voir ou revoir gagner.

On le croyait perdu pour le golf. Il était 668e mondial fin 2017, il est aujourd’hui 26e. S’il s’impose de nouveau sur le PGA Tour, et mieux encore en Grand Chelem, ce sera le come back sportif du siècle. Le plus grand retour depuis… Lazare, ont même écrit quelques éditorialistes. L’événement sera immense. On en pleurera dans les chaumières. On en fera des films, on en écrira des livres, plus tard.

Merci pour tout ce que vous avez fait pour le golf, Monsieur Woods. Et merci pour tout ce que vous réussirez encore à faire. Je suis Tiger. Nous sommes Tiger.*

*Que les victimes des attentats me pardonnent cette formule trop facile, j’ai bien conscience qu’on ne parle que de sport ici…

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