lundi 10 mai 2021

Réaliser un fitting de balles

Quelles sont les balles qui me conviennent le mieux. Cette question vous a forcément traversé l’esprit si vous jouez au golf depuis un certain temps. Peut-on alors faire un fitting de balles avec un spécialiste ? La réponse est oui… à condition d’avoir expérimenté soi-même quelques choix préalables. Explications du processus.

La phase d’auto-expérimentation

Ces tests se déroulent en quatre phases distinctes :

  1. Au putting
  2. A l’approche du green, en expérimentant tous les coups en votre possession (lobés, pincés, tendus, roulés, etc.)
  3. Avec vos fers à l’attaque du green (zone des 110/170m)
  4. Avec le driver.

L’auto expérimentation par le joueur des deux premières phases sera alors complétée d’une séance devant un launch monitor pour les deux dernières. 

COR et « smash factor » deux données associées

Avant d’aller plus loin, je propose de faire une petite digression concernant la règlementation, et de vous familiariser avec deux notions que l’on rencontre souvent : le coefficient de restitution (COR) et le Smash Factor.

Le R&A et l’USGA imposent à une tête de club de ne pas dépasser un COR de plus de 0,83, c’est à dire qu’une tête de club réglementaire ne pourra pas restituer à la balle plus de 83% de son énergie.

C’est donc l’élasticité et le fonctionnement mécanique des balles qui va permettre d’augmenter la vitesse de celle-ci à la sortie du club.

Le Smash Factor est, lui, une mesure générée par les launch monitors. C’est le rapport de la vitesse de votre tête de club à celle de la balle, suite à l’impact.

Par exemple, pour une vitesse de tête de club de 100 et une vitesse de balle de 150, le smash factor sera de 1,5 (150/100).

Ce COR de 0.83 n’est atteignable que par les têtes de driver, aux lofts fermés. En comparaison, les têtes de fers, par leur constitution intrinsèque (faces plus épaisses et de moindre progressivité d’épaisseur qui génère moins d’effet “trampoline”) et par leur loft, qui induit un glissement de la balle sur leur face, atteignent au mieux un COR de 0,75 environ.

Ce qui se traduit par un smash factor qui excède rarement plus de 1,45. Vos wedges, très épais et aux lofts très ouverts ne génèrent plus qu’un coefficient de 1,20. Parfois même, inférieur à 1. Ce qui explique qu’après avoir contacté la balle, vous soyez amené à la retoucher…

Comment fonctionne une balle de golf ? 

Je vais essayer d’être succinct, mais vous donner néanmoins une vision claire du fonctionnement d’une balle de golf.

Une balle est composée d’une enveloppe, de couches intermédiaires, et d’un noyau. L’enveloppe joue un rôle dans la sphéricité de la balle, le toucher. Le dessin et le nombre de ses alvéoles auront un rôle important dans l’aérodynamique et donc influer sur la hauteur de vol.

Les couches intermédiaires vont avoir un rôle important en ce qui concerne le spin (rotation de la balle sur elle même, issu du frottement avec la face du club), le spin axis (même phénomène de rotation mais considéré par rapport à l’angle de la face du club à l’impact) ainsi que la vitesse de sortie de la face de club. Elles auront aussi leur rôle dans le toucher. De plus, le spin axis influe considérablement dans l’effet imprimé par le vol de la balle. 

Le noyau est lui déterminant pour la vitesse de la balle, mais aussi pour le spin.

Balle de golf décomposée - fitting de balles

Bref, si chacun de ces éléments a un rôle déterminé, leur influence entre eux est néanmoins multifactorielle. Par exemple, une couche douce au contact d’une couche ferme générera plus de spin, quand le contact de deux couches douces en produira moins.

C’est la différence de douceur entre les des différentes couches qui donne plus ou moins de spin, mais aussi l’épaisseur et les matériaux utilisés.

La balle est donc un produit complexe, qui offre des variantes considérables et qui mérite d’être choisi avec soin. Si les clubs n’évoluent que très modérément (à contrario de la réthorique du marketing les concernant), sachez que les balles progressent beaucoup. Ce n’est donc pas un hasard si nous entendons de plus en plus l’USGA et le R&A se poser la question d’éventuelles restrictions.

Comment faire un bon fitting de balles ? 

Le putting

Si vous perdez encore beaucoup de balles et que vous choisissez d’y consacrer un moindre budget, commencez par faire votre choix dans la fourchette de prix qui vous convient.

Si en revanche, vous avez le souhait de trouver la balle qui vous accompagnera longtemps et avec laquelle vous vous perfectionnerez, ciblez plutôt les gammes « premium » des marques car leur qualité et leur régularité de production sont généralement au rendez-vous.

Pour débuter le processus de votre fitting de balles, si vous le pouvez, n’achetez qu’une boîte de trois balles, car vous pourrez ainsi véritablement élargir vos choix. Ne pas acheter une boîte complète, est généralement plus aisé dans les pro-shops.

Pour commencer, faites un tableau qui recensera, en lignes, les balles choisies et en colonnes, les types de putts ou d’approches pour le chapitre suivant. A l’intersection, vous attribuerez une note, par exemple, de 0 à 10, ou vous pouvez aussi définir qu’une note inférieure à 5 est éliminatoire…

C’est au putting que vous allez probablement être le plus finement réceptif au contact que vous établissez avec la balle. C’est important d’analyser l’information qui résulte du contact balle/putter Vs votre performance et éventuellement son perfectionnement. Parfois, n’hésitez pas à fermer les yeux, en ne les réouvrant qu’après avoir fait l’analyse de votre perception et anticipé le résultat. Si nécessaire, tentez d’améliorer cette performance, en reproduisant ce processus.

Avez-vous senti la différence entre un impact centré et décentré ? Avez-vous perçu l’adéquation de votre contact et la distance produite ? Etc.

Pour ce faire, alternez les balles et choisissez plusieurs situations qui vont vous permettre d’établir des contacts différents avec votre putter :
– Dans la zone des « coups courts » : 40/80 centimètres,
– A une distance intermédiaire : 2 à 4 m,
– Des putts longs de 6 à 12 m,
– Des putts avec des pentes (à condition d’être à l’aise avec leur lecture),
– Et pourquoi pas quelques putts dans la zone de pré-green. 

Il est possible qu’il en résulte un simple : j’aime, j’aime pas ! Mais il est aussi probable que vous trouviez votre balle trop molle et que vous ayez tendance à vous tromper dans l’évaluation des distances. Également, à l’inverse que le manque d’informations d’une balle dure ne produise pas suffisamment de perceptions. 

Observez également si la balle saute beaucoup, ou au contraire semble avoir emmagasiné plus de top spin et vous surprenne en gardant mieux sa ligne et soit moins sujette à subir la gravité lorsque sa vitesse diminue.

Si vous en avez le goût et la patience, vous pouvez renouveler ces tests dans des configurations climatiques et géographiques différentes. Par exemple, si vous habitez en Bretagne et que vous jouez aussi, une partie de l’année en Espagne, au Portugal ou au Maroc, il est salutaire de projeter que la nature des greens sera très différente (climat, substrat, et semences). Au terme de ces tests, notez vos balles et passez à l’atelier des approches. 

faire un fitting de balles

Les approches aux abord du green

Dans ce secteur, variez également les situations, les distances, mais surtout déployez l’ensemble des coups que vous jouez habituellement : lobés, tendus, pincés, roulés, etc.

Changez de clubs par exemple pour les coups roulés et pourquoi pas tester un bois de fairway. Jouez tous vos wedges, et allez également évaluer vos sorties de bunkers.

Observez si les contacts s’associent convenablement avec les distances envisagées. Appréciez si le spin est tel que vous l’aviez anticipé. Notez si la roule de la balle correspond à votre visée. Tentez surtout de vous adapter à ce que ces différentes balles vous proposent et au terme de ces essais d’adaptation, notez vos balles et éliminez celles qui ne vous donnent pas l’espoir d’être à votre aise dans ce secteur de jeu primordial. 

Parfaire votre choix final auprès d’un professionnel

Lorsque vous serez en mesure de retenir deux ou trois balles préférentielles, vous pourrez aller enfin taper à la porte d’un fitter, d’un enseignant ou d’un clubmaker équipé d’un launch monitor pour peaufiner votre fitting de balles et affiner votre sélection dans le secteur des fers et du driver.

Vous évaluerez principalement avec vos fers, les attaques de green (110/170m) qui conditionneront considérablement la suite de votre performance. Avec votre driver, ou tout autre club que vous utilisez au tee, vous jugerez de la dispersion et la longueur de vos coups de départ.

Je vous conseille de faire ces derniers tests en intérieur, car non seulement vous vous épargnerez de courir après vos balles (!) mais surtout parce que vous jouerez dans des conditions climatiques et vestimentaires idéales.

Ce que vous allez maintenant quantifier, avec les conseils d’un professionnel, sont les éléments suivants :
– Vos distances qui seront associées au spin produit par la balle,
– Vos dispersions qui seront associées principalement au spin axis,
– Vos angles de carry et la roule de vos balles qui seront eux aussi en lien avec le spin,
– La réponse de la balle à vos recherches d’effets,
– Vos smash factor, donc la vitesse que les différentes balles vont générer,
– 
La nature de vos contacts perçus. 

Enfin parvenu au terme de ce long processus de fitting de balles, vous pourrez choisir celle qui vous convient le mieux. Pour établir ce choix final, je vous conseille de privilégier une moindre dispersion Vs la longueur, car longueur + dispersion vous éloignera toujours plus de votre cible et de votre recherche de maîtrise et de régularité.

Privilégiez également le plus juste contact perçu car c’est le guide qui vous permettra de progresser dans votre éducation perceptive, la seule qui vaille pour continuer d’évoluer et jouir de ce jeu.

Maintenant que votre choix est établi, il ne sera plus question de changer de balle, car c’est avec elle que vous pourrez réellement progresser et identifier les différentes variations de votre jeu.

Je comprendrais très bien que vous n’ayez pas la patience de mener aussi loin cette expérience de sélection, mais en appliquant les différentes étapes de test à votre balle habituelle, vous découvrirez peut-être une des raisons pour lesquelles un de vos secteurs de jeu vous fait défaut. Il sera alors peut-être temps de changer de balle ? 

Jean-Christophe Jarrige
Jean-Christophe Jarrigehttp://www.bretagneclubmaking.com/
Formé par Agustin Sanchez (élu en 2015, meilleur Clubmaker Européen), Jean-Christophe a créé sa société Bretagne Clubmaking. 1er Clubmaker certifié "Putting Zone", il est également formé à WrightBalance, niveau 3.

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