vendredi 15 janvier 2021

Pourquoi un clubmaker ne propose pas les marques traditionnelles ?

Lors d’un premier contact, les golfeurs m’interrogent régulièrement concernant les marques des têtes de clubs que je propose. Souvent à l’évocation de ces marques, je sens, dans la voix de mes interlocuteurs, une petite déception s’installer de ne pas entendre de noms familiers… Alors généralement pourquoi un clubmaker ne propose pas les marques traditionnelles que vous trouvez chez les détaillants ?

Je dis généralement car certains clubmakers suggèrent à leurs clients, ou prennent à leur compte, l’achat d’une série qu’ils remonteront ensuite après un fitting. (Pour ma part, je pense qu’un fitting n’est véritablement complet, que lorsqu’un joueur aura pu tester l’ensemble shaft, tête, grip et les équilibres et les données qui en résultent) Néanmoins, c’est possible de procéder ainsi car ces transformations, suite à un rétro-fitting et à un fitting, font également partie de nos prestations.pourquoi un clubmaker ne propose pas les marques traditionnelles

Une question de modèle économique

Pour en revenir à la question initiale : pourquoi ne proposez-vous pas les marques des détaillants ? Il existe un ensemble de raisons, dont je vais en détailler les principales.

La première réponse est simple : parce qu’ils ne nous les proposent pas !

Ces marques identifiées de tous ne souhaitent évidemment pas modifier leur modèle économique, qui est avant tout basé sur la vente en masse de produits d’une durée de commercialisation généralement annuelle.

Appuyé par un marketing omniprésent (publicités dans les magazines, audiovisuelles, sur Internet, sponsoring de joueurs pros, accords établis avec des sites et les fédérations, etc.), le but est de vendre le plus de clubs possible, en se distinguant des marques concurrentes, mais également de ses propres produits des années précédentes…

Bref, il s’agit avant tout d’un système de vente basé sur des renouvellements continus, soutenu par une réthorique marketing prônant l’innovation permanente.

Les détaillants en souffrent car ils sont d’abord soumis à des minimums d’achat, puis se retrouvent dans l’obligation de déstocker et solder leur invendus afin de conserver des finances équilibrées.

Des conséquences multiples

Nécessairement les cahiers des charges concernant la qualité de fabrication de ces têtes sont associés aux contraintes d’une fabrication en gros volume… Et en conséquence d’une moindre exigence qualitative que pour des productions plus réduites destinées aux clubmakers.

Pour nous, clubmakers, qui avons la nécessité d’une assurance de qualité de fabrication continue et qui allons assumer la garantie de votre série, il serait souvent délicat de nous appuyer sur ce type de production.

France, Bretagne, Côtes d’Armor, Le Faouët, Octobre 2018, Bretagne ClubMaking

Toutefois, ne vous y trompez pas, les joueurs professionnels bénéficient évidemment d’une qualité de fabrication de leurs clubs sans comparaison avec ceux que vous trouverez chez votre détaillant. J’enfonce ici une porte ouverte car j’imagine que vous aviez déjà fait votre deuil d’un tel vœu. 🙂

Autre problème associé au renouvellement continu et à l’obsolescence de ces produits, les gammes proposées annuellement sont souvent assez étroites et ne proposent pas assez de différences entre chacun des produits pour envisager de les destiner au sur-mesure. Les putters en sont d’ailleurs les parents pauvres car s’il y a plusieurs formes et designs proposés, leurs poids sont souvent trop similaires.

Innovation pas toujours innovante

Et puis il y a cette course permanente (et prétendument) à l’innovation qui oblige à quelques petits arrangements pour qu’objectivement votre nouvel équipement vous donne la sensation de produire des coups plus longs qu’avec vos précédents clubs. Cet argument étant valorisé principalement par le marketing (et par la presse golfique) car il répond à l’attente de nombreux joueurs… surtout masculins, avouons-le.

des lofts de fers 7 qui sont ceux des fers 5 d’il y a quelques années

Pour y parvenir, il suffit, par exemple, de fermer les lofts de vos clubs. Je m’explique. Le matériel, comme les règles du golf, sont déterminés par la R&A et l’USGA (pour en savoir plus, je vous invite à lire l’appendice II de votre recueil des règles de golf).

Cette réglementation du matériel n’évoluant qu’extrêmement rarement, vous comprendrez en conséquence, que tout ce qui est proposé de neuf, n’est souvent qu’une redite ou une variation de l’ancien. Néanmoins, cette règlementation ne régit que des éléments essentiels du matériel et ne s’embarrasse pas de détails.

pourquoi un clubmaker ne propose pas les marques traditionnelles
© Bretagne ClubMaking

C’est donc sur ces détails que les équipementiers s’appuient pour faire varier les supposées nouvelles performances de leurs produits. Concernant les lofts, le couple numéro du club/loft n’est aucunement réglementé, pas plus que la longueur. Il est donc possible de prendre le loft d’un fer 6 et de lui associer le numéro 7. Et ainsi, prétendre que ce nouveau club, numéroté 7, a la performance de votre ancien fer 6.

Est-ce pour autant une performance accrue? Vous êtes nombreux à le croire.
Le problème, de ces têtes aux lofts fermés, est que les lois physiques qui régissent la balistique ne s’en accoutument absolument pas. Pas plus que votre stratégie de jeu quand vous tenterez avec un fer 7 d’atteindre un green et que votre balle file systématiquement au-delà. 🙂

L’excès de ces pratiques a de nombreuses conséquences.

Aujourd’hui nous mesurons des lofts de fers 7 qui sont ceux des fers 5 d’il y a quelques années. Donc, leur jouabilité en est altérée, et ce n’est pas par hasard que de nombreux joueurs ont tant de mal à jouer leur fer 5.

Conséquence également, il y a 20 ans une série standard était composée de 8 clubs, du fer 3 au PW, aujourd’hui le plus souvent 6 clubs qui vont du fer 5 au PW. Je vous laisse deviner qui est le gagnant !

Un peu de physique

Dans ces conditions, la qualité de vol de vos balles est médiocre. En effet, à énergie constante, avec un même levier – la longueur de votre club, associer un loft trop fermé ne permet pas à la balle de pénétrer correctement l’air (traduction de « l’effet Magnus », regardez ci-dessous, c’est édifiant) et d’avoir des trajectoires qui optimisent votre potentielle performance.

Il vous suffit de mesurer le taux de spin (rotation de la balle sur elle-même, à l’inverse de sa direction > traduction de l’effet Magnus) pour vous en rendre compte.

Par ailleurs, tendre la trajectoire des balles donne des angles de carry (l’endroit où la balle rencontre le sol) beaucoup trop plats, et la conséquence est que votre balle roule, plutôt que de voler. Dans ces conditions, il devient très difficile de la faire tenir sur un green. Ainsi votre étalonnage d’un club à l’autre va plus dépendre de la topographie des lieux, que de votre performance intrinsèque.

Un autre corollaire concerne les clubs courts. Il devient indispensable de prévoir un wedge supplémentaire pour vous assurer de ne pas avoir un trou trop important dans l’échelonnement de votre jeu à l’approche du green.

Enfin, les mêmes dérives concernent votre driver qui a une fâcheuse tendance à devenir de plus en plus long, ceci afin de donner plus de vitesse à la tête…, et vous permettre potentiellement d’expédier la balle plus loin. Néanmoins à quel prix en ce qui concerne la précision ?

Paradoxalement, les joueurs professionnels que ces marques sponsorisent jouent des fers aux lofts plus ouverts que ceux de vos clubs, et des drivers souvent plus courts (parfois beaucoup) afin d’optimiser leur précision.

Aussi, je vous propose donc de ne plus faire la moue quand vous entendrez parler de marques comme Miura, Tom Wishon, KZG, Orka, Argolf, Alpha, Grindworks, Epon, Vega… car ce sont sur ces fabricants de têtes de clubs que nous nous appuyons notre offre pour vous fournir le meilleur matériel possible.

Jean-Christophe Jarrige
Jean-Christophe Jarrigehttp://www.bretagneclubmaking.com/
Formé par Agustin Sanchez (élu en 2015, meilleur Clubmaker Européen), Jean-Christophe a créé sa société Bretagne Clubmaking. 1er Clubmaker certifié "Putting Zone", il est également formé à WrightBalance, niveau 3.

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