lundi 10 mai 2021

Sous le parapluie d’Arnie : histoire d’un logo

Pour l’Arnold Palmer Invitational, le 56e du nom (ou assimilé), les pensionnaires du PGA Tour s’apprêtent à croiser le fer sur les verts du parcours de Bay Hill de Arnold «Arnie» Palmer. Que ce soit pour le prestige du tournoi, glaner des points FedEx, tenter le concours du nombre de ricochets sur les cailloux du 18 ou pour rendre hommage à l’hôte de celui-ci, chacun aura ses raisons de poursuivre ce Florida Swing à Orlando.

L’hôte justement, est peut-être l’une des figures les plus emblématiques du paysage du jeu de golf. L’homme aux 62 victoires sur le Tour, lauréat de 7 majeurs dont 4 tournois des maîtres et qui a donné son nom à une boisson aussi rafraîchissante que non-alcoolisée, laisse depuis le 25 septembre 2016 le monde de la petite balle blanche orphelin de celui qui était l’un des plus beaux joueurs que le sport ait connu.

A l’aube des années 1960, et alors qu’Arnie a le souhait de capitaliser sur son image pour créer sa société, ses associés et lui-même se penchent sur l’identité graphique de l’entreprise. La réunion est studieuse, mais l’implication de chacun de ses acteurs n’a d’égale que la pauvreté des idées qui en sont issues. Frustré, Palmer se soustrait à la séance pour s’aérer l’esprit. Alors qu’il fait les cent pas à l’extérieur, le natif de Latrobe, Pennsylvanie, aperçoit une dame s’extraire de sa voiture, se protégeant de la pluie à l’aide… d’un parapluie multicolore.

Palmer surgit alors dans la salle de réunion et lance « Que pensez-vous d’un parapluie ? ». « Quel genre de parapluie ? » rétorque un associé. « Un parapluie multicolore. »

De l’avis général, l’idée d’Arnie est accueillie avec réserve. D’abord parce qu’elle est aussi saugrenue qu’inattendue, mais surtout, comme le fait remarquer un collaborateur, parce qu’il serait fort probable que quelqu’un ait déjà déposé ce type de création. Quelques jours plus tard, recherches faites, il apparaît que l’idée est originale.

Et que le logo soit né. Un petit parapluie, paré de rouge et de vert, de jaune et de blanc.

logo Arnold Palmer Invitational

Au travers de l’histoire, et de la soixantaine de printemps qui nous sépare de la création de ce petit pépin, il se sera affiché partout, devenant l’un des logos les plus reconnus dans le monde du sport. Sur son créateur lui même, sur les casquettes des golfeurs – et des non-golfeurs – de la planète entière, en pin’s hommage lors de la Ryder Cup 2016, l’emblème de l’Arnold Palmer Entreprises doit donc en grande partie son succès à Arnie lui-même.

Mais est-ce l’aura d’un créateur qui suffit à l’iconicité d’une création graphique ?

Nous avons posé la question à un graphiste professionnel, profane au monde du golf. Il établit un parallèle entre le logo de l’Arnold Palmer Entreprises et le crocodile de la marque Lacoste : « Ça n’a aucun rapport, mais c’est une image simple, fraîche, presque naïve dans le traitement graphique ». Poursuivant l’idée d’une création désaccordée de l’univers dans lequel elle s’inscrit, il note aussi l’univers mystérieux évoqué par l’ombrelle, grossièrement résumé par la question « Tiens c’est marrant ce petit parapluie ! ».

Enfin, la polychromie de couleurs plates et unies, apposée sur un parapluie qui ressemble étrangement à un parasol, cultive l’ambiguïté d’un logo créé sous la pluie, pour finir au soleil. De la simplicité, du contre-pied, et de l’ambivalence, pour la postérité.

L’idée d’armoiries de clubs entremêlés évoquée pendant la réunion à l’instar d’autres projets golfiquement caractérisés n’aurait pas permis de susciter curiosité et interrogations chez le spectateur, sensations produites par le petit parapluie.

Clubs à la main ou en cardigan attablé en salle de réunion, le processus de création de cette petite image devra incontestablement être rangée dans la collection des coups de génie de l’américain, et ce grâce à une petite balade en extérieur.

A moins que ce ne soit parce que Arnie se soit découvert des origines bretonnes. Ou normandes. Ou basques…

 

Merci aux amis de Svelt Studio pour leur contribution !

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Julien
Béarnais reclu, installé dans un fond de vallée pyrénéenne, a longtemps simulé son swing avec un manche de balai brosse. Passe son temps à faire le policier dans son lycée et sur les fairways, traquant les chewing-gum collés sous les tables et les joueurs ne replaçant pas leurs divots.

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