Du Fer à l’Enfer : L’Engagement des Golfeurs dans la Première Guerre mondiale

Episode 1 : Les Golfeurs anglo saxons

Bobby Jones puttant lors d’une partie de bienfaisance sur le parcours de Montclair (New-Jersey) (Photographie de Paul Thompson- American Red Cross - Soliciting Funds – Miscellaneous ©US National Archives)

Golf et Armée sont liés comme le crayon avec sa carte de score. Ainsi la diffusion de ce jeu aux Etats-Unis s’expliqua par la présence d’officiers écossais en Virginie durant la Guerre d’Indépendance américaine. Ce n’est pas un hasard, non plus, si le premier parcours à avoir vu le jour en France fut à Pau où cantonnaient les troupes anglaises du Duc de Wellington après la bataille contre les grognards napoléoniens à Orthez en 1814.

Le Golf fut un des premiers sports à apporter sa contribution sur l’autel de la guerre avec la mort de l’écossais Frederick Tait, double vainqueur du championnat amateur britannique et mort dans les combats de la Guerre des Boers en Afrique du Sud (1899-1902).

La Brigade Niblick

Quand les affres de la Première Guerre mondiale débutèrent, les golfeurs répondirent présents. L’United States Golf Association (USGA) dénombra 7359 membres, représentant 287 clubs, engagés dans le conflit¹. Une escouade de golfeurs fut même créée en Grande-Bretagne, La Brigade Niblick.

Initiée par Albert Tingey (le fabricant de putter et 9ème au British Open de 1899), George Duncan, qui gagnera l’Open en 1920, et Charles Mayo, Champion de l’Open de Belgique de 1911. Ils se réunirent au restaurant italien de Gatti à Old Street, au centre de Londres. De là, ils rejoignirent le centre de recrutement le plus proche et 26 pros et assistants furent jugés aptes et incorporèrent le 13e bataillon de la Rifle Brigade².

Ils combattirent courageusement notamment lors de la Bataille de la Somme, connurent des pertes comme celle de William Eastland, joueur originaire du Surrey et disputèrent des parties près des lignes lors de leur temps de repos.

Les grands noms du jeu

Cependant beaucoup de situations divergèrent. La plupart des vedettes de l’époque échappèrent à la Grande Guerre en raison de leur âge. Les Britanniques Harry Vardon et James Braid comptaient déjà 44 printemps, John Henry Taylor guère plus jeune.

La loi sur le service militaire de 1916 spécifiant que les hommes de 18 à 41 ans étaient susceptibles d’être appelés dans l’armée sauf s’ils étaient mariés, ce qui les exemptait. A l’inverse Bobby Jones était trop jeune, pour autant il ne s’exonéra pas de sa participation à  l’effort à la guerre. Les principales compétitions suspendues (Championnat de la PGA et US Open 1917 et 1918 ainsi que l’Open Britannique de 1915 à 1919), il traversa les Etats-Unis, en long, en large, pour disputer plus de 50 exhibitions caritatives rapportant 150.000$ à la Croix-Rouge américaine³. 

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Au panthéon du jeu, certains furent mobilisés, comme le champion de l’US Open de 1913, Francis Ouimet, et le double vainqueur amateur américain Robert Gardner. Ils ont servi dans les forces armées, le premier obtenant même le grade de lieutenant.

Francis Ouimet en plein drive: (photographie de presse – Agence Rol – « Source gallica.bnf.fr / BnF »)

Les martyrs du Golf

D’autres golfeurs payèrent comptant le prix de leur engagement. Sur les 840 professionnels connus pour être membres de la PGA, un an avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale, on estime que plus de cinquante furent tués dans les tranchées.

C’est le cas des frères Harry, Albert et William Cottrell. Les deux premiers sont décédés lors de la Bataille de Gallipoli en 1915. On pense qu’Harry, remarquant son frère touché, a accouru auprès d’Albert pour panser ses blessures quand il a été abattu par un tireur embusqué. Un deuxième coup de feu a ensuite tué Albert. Quant à William, après avoir participé au British Open 1913, il émigra aux Etats-Unis, se porta volontaire pour l’engagement américain et perdit la vie lors de la Bataille de la Meuse en 19184.

En 2016, la PGA britannique honora leurs mémoires. L’Association inaugura, en 2016, une plaque commémorative au siège national de l’association se trouvant sur le célèbre golf club The Belfry, dans le comté du Warwickshire. Le président de la PGA, le Dr Phil Weaver, exhorta tous les clubs de golfs à rendre un hommage similaire aux membres ayant subi le même outrage.

Rendue à la vie civile, la plupart de ces golfeurs reprirent leur carrière mais elles restaient marquées par le « sceau » de l’armée. Ainsi les Etats-Unis organisèrent à Nice en avril 1919 un championnat national de golf pour les soldats de la bannière étoilée.

Il fut remporté par le Sergent William Rautenbush qui avait terminé 11ème de l’US Open 1914 (à 11 coups de Walter Hagen !). Il affronta également les golfeurs tricolores lors des Jeux Interalliés mais ça c’est dans le prochain épisode.


¹ Kirsch, Georges.B.(2009). Golf in America. Champaign : University of Illinois Press. p 66
² The Niblick Brigade. Site Officiel de la PGA. 21/06/2016. Repéré à https://www.pga.info/news/the-niblick-brigade/
³ Trostel Michael (2017, 25 avril). 100 Years Ago: The U.S. Open Stops for World War I. Site de l’United States Golf Association. Repéré à https://www.usopen.com/2017/articles/100-years-ago–the-u-s–open-stops-for-world-war-i.html
4 McEwan Michael. (2017, 10 novembre). The tragic tale of the Cottrell brothers. The Bunkered Golf. Repéré à https://www.bunkered.co.uk/golf-news/the-tragic-tale-of-the-cottrell-brothers

Camille Morata
Héraultais, Enseignant en Histoire-Géographie et Doctorant en Histoire du sport. Camille est tombé amoureux du jeu en même temps que la balle de Jean Van de Velde dans la rivière de Carnoustie. J’adore dépoussiérer les histoires d’anciens joueurs et compétitions. Plus souvent sur les practices que les parcours. Un jour mon swing viendra !

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