lundi 19 octobre 2020

Adrien Mörk : “Les universités américaines offrent un niveau de compétition très élevé”

Head Coach à Texas Christian University (USA)

Adrien Mörk n’est pas seulement cet ancien joueur pro qui a réalisé un 59 de légende en 2006 au Maroc sur le Challenge Tour pour gagner ce tournoi, il est devenu coach dans deux universités américaines, d’abord à Orlando puis au Texas (voir palmarès en fin d’article). Il a ainsi connu depuis 2012 la plupart des meilleurs joueurs français dans ce système universitaire.

Discret, Adrien est pourtant l’un des acteurs essentiels de la progression du golf français outre-Atlantique. Il entraîne une dizaine de joueurs de TCU Texas dont un français, il y est également recruteur y compris pour la France. 

C’est grâce à mon coach Olivier Tourrenc, son ami qu’il a connu au Creps de Toulouse, et qui fut son caddie, que j’ai découvert Adrien en 2018. Depuis je voulais l’interviewer sur son parcours et connaître son avis sur le système américain, sur le fameux championnat universitaire NCAA puis, dans un second temps, sur le golf féminin (une de mes grandes passions golfiques) puisqu’il a été le coach de Perrine Delacour, l’une de nos joueuses du LPGA. 

Le golf dans les universités américaines

Interview réalisée le lundi 16 mars par Skype, il est 8h du matin à Orlando, Floride (USA).

Tout d’abord, Adrien comment allez-vous et quelles sont les nouvelles par rapport à cette période invraisemblable que nous vivons ?

Adrian Mörk - Tiger Woods
Tiger Woods & Adrien Mörk

Toute ma famille va bien merci, sinon la semaine dernière on était en reconnaissance de tournoi et on a appris sur le parcours que tout était annulé, on est rentré en branle-bas de combat et le but ces derniers jours était de renvoyer tous les joueurs y compris les étrangers dans leurs familles. Il n’y a plus que des cours en ligne. 

Où habitez-vous ?

Je vis à Orlando avec ma femme et ma fille mais je travaille au Texas à l’université TCU Texas Christian University à Fort Worth à côté de Dallas. En période de tournois, je rentre seulement toutes les 2/3 semaines mais en dehors je rentre plus souvent. 

Raconte-nous ton parcours jusqu’à ton premier poste de coach à l’université américaine ?

Rapidement, j’ai fait le CREPS à Toulouse, j’ai eu mon bac et je suis parti ensuite en université américaine pendant quatre ans. Avant de rentrer en France, j’ai tenté les cartes américaines sans succès, je suis donc rentré pour jouer sur l’Alps Tour grâce à une catégorie obtenue via les cartes françaises. 

J’ai gagné mon premier tournoi cette année-là, j’ai fini Top 5 me permettant de monter sur le Challenge Tour. La saison suivante, j’ai terminé Top 20 et je suis monté sur l’European Tour. Malheureusement en fine saison, je suis redescendu directement sur l’Alps Tour car en 2008, cela a été la dernière année où quand tu perdais tes droits, tu n’avais pas de catégorie sur le Challenge Tour. 

Et tu remontes à nouveau sur le Challenge Tour…

Oui, fin 2009, j’ai à nouveau fini Top5 mais malheureusement à partir de 2010, j’ai enchaîné les blessures où j’ai notamment été gravement blessé aux deux chevilles à trois mois d’intervalle. 

Après notre fille est née et j’ai eu la possibilité de donner des cours pendant deux ans au Golf de Prunevelle où j’avais fait mon brevet d’état et d’où je suis originaire (Le golf de Prunevelle se trouve à quelques minutes de Montbéliard). Lorsqu’on a déménagé en Floride en 2012, j’ai eu envie de reprendre le jeu. J’ai joué ainsi pendant deux ans sur des mini-Tours avec un niveau plutôt correct, mais je suis arrivé en fin de financement. Heureusement j’ai commencé à travailler avec la FFGolf. 

Quel était ton job ?

L’une de mes premières missions était de m’occuper de Perrine Delacour qui était très jeune à 19 ans et seule aux États-Unis. Je l’ai hébergée et aidée à passer son permis puis je l’ai entrainée.

J’ai suivi également les équipes de France, avec Romain Langasque ou Antoine Rozner, puis j’ai placé des jeunes joueurs français à l’université dont Clément Sordet, Julien Brun et Victor Perez, qui ont été nombreux à vivre à la maison. J’organisais des stages en Floride et je les suivais avec leurs coachs universitaires. 

Je me suis logiquement tissé un réseau avec plusieurs universités renommées dont le coach de l’université UCF à Orlando (Floride). Ce dernier m’a contacté pour que je devienne son assistant. C’était au moment où nous vivions une période de transition pour les visa, le fait d’accepter ce job nous ouvrait la porte royale pour la carte verte et ainsi rester aux États-Unis. Le travail m’a plu de suite et je suis depuis monté en grade en changeant d’université.

Campus-Université TCU_Fort Worth
Campus Université TCU – Fort Worth

Tu as débuté donc à UCF l’université d’Orlando University of Central Florida qui est la 2e plus grande du pays ?

Oui avec 70,000 étudiants ! Elle est immense mais récente donc elle est peu connue dans le monde ¹, elle a été construite en ovale et les étudiants perdent très peu de temps pour se déplacer. 

¹ Fondée en 1963, sous le nom de Florida Technological University, elle avait alors pour mission d’assurer la formation universitaire du personnel du centre spatial Kennedy, situé à moins de 60 km. En 1978, elle fut rebaptisée University of Central Florida lorsque son champ académique s’étendit à tous les domaines (source Wikipédia).

Explique-nous l’importance du cursus scolaire pour un sportif ?

Tu ne peux pas délaisser les études. La terminologie du cursus c’est Student Athlete donc les études passent en premier et pour pouvoir jouer dans leur première division la NCAA (National Collegiate Athletic Association, prononcer « N-C-Double-A » ou « N-C-Two-A ») qui régit le sport universitaire demande une éligibilité avec de bonnes notes. 

C’est-à dire ?

Pour les élèves français, on prend en compte les notes depuis la 3e jusqu’au bac. Il faut une moyenne sur six matières qu’ils appellent GPA Grade Point Average et il faut obtenir une bonne note au SIT composé d’une épreuve en anglais et en math. Un jeune avec 11 de moyenne au bac n’a pratiquement aucune chance de jouer en première division. Pour rester éligible, il faut réussir ses études sur place. 

Quel est le rythme scolaire ?

L’image des sportifs universitaires qui ne font que jouer est fausse. Plus de la moitié de leurs temps est dédiée au cours. Au golf on part pour plusieurs jours de tournoi, donc avant, pendant et après, ils sont très suivis avec des tuteurs. Sur la route et dans les hôtels, tous les gosses travaillent leurs études. C’est l’antichambre du sport mais pas encore l’univers pro. 

Ceux qui ne comprennent pas l’importance des études ont immédiatement des difficultés et il faut suivre le rythme car le programme, le Schedule, c’est de 7h du mat à 20h, ils n’ont pas cinq minutes pour pisser ! On y va plein pot et c’est ce qui choque au début, et même les freshman (les premières années) très bons au golf doivent suivre. 

C’est pour cette raison que ce cursus prépare très bien au monde professionnel et pas que pour le golf, car tu arrives dans un environnement où il faut s’organiser, tout optimiser car si ce n’est pas toi ça sera un autre. 

Cela ressemble à une prépa en France…

C’est ça, le sport en plus ! Tu arrives et tu t’en prends plein la gueule. C’est muscu le matin et après tu cours toute la journée pour les cours et les entraînements. Je l’ai vécu et c’est un de mes points forts, je sais ce qui est nécessaire pour être recruté puis être performant. 

Où as-tu étudié ?

J’étais à la frontière de la Louisiane et du Texas qui s’appelle McNeese State University. Actuellement il y a d’ailleurs un Français que j’avais aidé à se placer là-bas et qui vient de Toulouse (club de Palmola).

C’est une université qui correspond à une petite D1, c’était la première pleine bourse qu’on m’avait proposée et au final, pendant 4 ans, mes études se sont idéalement déroulées. Le fait que ce soit une petite division, cela m’avait permis de jouer tous les tournois et de progresser énormément en jouant. 

Quand tu parles de petite division, D1, cela correspond à quoi ? 

Il y a environ 300/350 universités en première division de la NCAA. Le top 100 est très compétitif. J’étais dans la tranche de 100 à 200, cela reste un très bon niveau. On peut jouer quelques tournois de haut niveau mais surtout enchainer les compétitions. 

Avais-tu un bon niveau en anglais en débarquant aux États-Unis ? 

J’avais eu 14 au bac et je pensais avoir un niveau plutôt bon mais en arrivant j’ai galéré pendant trois mois, à cause de l’accent entre autres. Les premières semaines, le coach me parlait et je ne comprenais rien ! Je me souviens d’un cours en économie, on était une centaine, le prof me pointe du doigt, je me lève et je n’avais rien compris à sa question, les autres étaient hilares, donc souvent à la fin des cours, j’étais obligé de m’expliquer et de me présenter comme étranger. 

Les universités accueillent des étudiants du monde entier donc ils savent les gérer, mais il faut reconnaître que comparativement, nous faisons partie des pays qui ont un niveau en anglais plus faible. Pour les Français c’est l’accent qui nous handicape au début, car à l’écrit on se débrouille bien et les français parviennent à passer les tests, mais notre système ne favorise pas les échanges à l’oral.

Adrian Mörk - Head Coach TCU

Après 2 ans à l’université d’Orlando tu as rejoint celle de TCU Texas Christian University ? 

Je suis resté deux ans à Orlando et au bout j’ai eu ma carte verte. En attendant, tu ne peux pas changer d’employeur, dès que je l’ai obtenue, j’étais sur le marché du travail. J’ai été recruté par TCU qui compte 10,000 étudiants. 

Pour information, l’inscription (tuition) est de 45,000$ par an. Avec le logement, les repas etc. on estime le budget nécessaire de 65,000$ total. 

Ce qu’il faut comprendre c’est le fonctionnement des universités. La NCAA gère, mais en dessous il y a les Conférences qui sont responsables d’une poignée jusqu’à une quinzaine d’universités comme le Power Five dont on entend parler. Ce sont les cinq grosses universités qui se partagent le gros gâteau du football américain universitaire, en fait les budgets football remplissent les caisses des départements athlétiques des universités. 

Où se situe TCU ?

TCU fait partie du Big Twelve et touche 40M$ de droits télé ! En comparaison, mon ancien employeur UCF Orlando qui est aussi performant au niveau sportif et qui a sept fois plus d’étudiants récupère seulement 2M$ en droits télé.

Donc quand je demande du matériel, même un Trackman, je l’obtiens quelques jours plus tard. Le premier tournoi de l’année fin août, on passe quatre jours à Peeble Beach et on dort sur place avec un budget démesuré que je ne peux même pas communiquer. 

En clair, plus l’équipe de Football américain est performante, plus l’université aura des moyens et cela permet de faire venir les meilleurs espoirs. 

Quels Français sont passés par cette université ?

J’ai connu TCU grâce à Valentine Derey en premier puis Julien Brun, Paul Barjon, Pierre Mazier, David Ravetto, Alexandra Bonetti et en ce moment Aymeric Laussot . 

Historiquement plusieurs tricolores ont été performants pour l’équipe puisque Julien Brun notamment a été trois fois All American, un exploit énorme puisqu’il détient tous les records de notre université : trois fois PING First-Team All-American 2012, 2013, 2014 et trois fois Golfweek First-Team All-American 2012, 2013, 2014 (All-American : équipe honorifique composées des meilleurs joueurs amateurs désignés par des médias ou sponsors). 

C’est ainsi que j’ai connu le head coach de TCU, Bill Montigel, qui est une référence aux USA en place depuis plus de trente ans. Il est apprécié par tous et il n’avait jamais eu d’assistant alors qu’une université de cette taille en possède un normalement. Son administration lui a permis de recruter, il m’a contacté et j’ai accepté immédiatement sa proposition. 

Comment s’organise ton travail ? 

Au début, j’étais assistant et depuis j’ai été promu associated coach. On est deux head coach à présent puisque Bill Montigel a plus de 40 ans de carrière. On a entre 10 à 12 joueurs. Je gère surtout la partie golf et lui gère également tout ce qui est à côté avec l’administration qui est une énorme usine. Un autre staff gère l’équipe des filles qui jouent leur championnat, dans laquelle une Française arrivera en août. 

Concrètement, je m’occupe du recrutement, des entraînements et des préparations aux tournois. L’entrainement à l’université varie d’un établissement à l’autre. Il peut être libre, imposé, individuel ou en équipe, cela dépend de chaque coach. À TCU, on a un entrainement en équipe deux fois par semaine le mardi et le jeudi, basé essentiellement sur des ateliers à thèmes comme par exemple des exercices de performance sur le contrôle des distances au wedging ou des exercices de putting. 

Et côté physique ?

On a un préparateur physique qui travaille avec nos joueurs les mardis et jeudis matin pendant 1h ; il est spécialiste TPI donc spécialisé golf. Pour faire simple en fonction de la saison ils font du lourd en octobre, novembre, décembre et en janvier, février, mars : ils font du rapide avec peu de poids. Avec une séance du haut du corps le mardi et le bas le jeudi. 

Après chaque joueur peut travailler en dehors de ces heures d’étude et de golf, mais il faut savoir que la NCAA impose des règles aux entraineurs.

“sur le PGA Tour, 80% des joueurs sont sortis des universités et si on prend le Top20 mondial c’est bien plus”

Vraiment ?

Oui 🙂

  • Règle 1 : Nous avons droit de coacher 20 heures de golf par semaine par joueur maximum. Autant dire qu’avec 4 parcours par semaine + 2 entrainements + 2 heures de prépa physique, nous avons très vite atteint les 20 heures. 

Mais si tu veux devenir golfeur professionnel, c’est insuffisant ! Donc on explique aux joueurs qui arrivent chez nous d’utiliser toutes les ressources à leur disposition, car s’ils font uniquement le programme minimum de 20h… c’est dommage… 

  • Règle 2 : Deux fois par semaine, ils doivent avoir une journée sans golf et sans travail physique, chez nous c’est généralement le lundi qui est donc entièrement dédié aux cours.

Est-ce que les universités américaines te paraissent un passage obligatoire ? 

Je vais répondre par des statistiques objectives : sur le PGA Tour, 80% des joueurs sont sortis des universités et si on prend le Top20 mondial c’est bien plus. 

Ma conviction, c’est que la force de la NCAA n’est pas seulement de proposer des universités riches en moyens et en encadrements, même si c’est important, mais surtout d’offrir un niveau élevé. 

Est-ce que l’on pourrait l’appliquer en France ?

En France si nous en avions le financement, nous pourrions reproduire ce modèle. Pour l’enseignement c’est certain, pour les infrastructures ça serait plus difficile. En revanche, ce que nous ne pourrions pas avoir, c’est le niveau de compétition qu’ils proposent. Quand nous partons sur les gros tournois, on retrouve 30 joueurs du Top40 amateur mondial, c’est un championnat de très haut niveau amateur toute la saison et c’est la vraie différence. 

Un exemple ?

L’an dernier, on jouait toutes les semaines avec l’université d’Oklahoma State qui font partie de notre conférence et on se confrontait ainsi à Matthew Wolff et Viktor Hovland. Un de nos joueurs (Hayden Springer, un Senior) a gagné le Big Twelve Championship et lors de son dernier match, il a gagné face à Viktor Hovland en un contre un. Pour son mental, il peut se dire qu’il a gagné contre un joueur qui est passé pro juste après et qui a déjà remporté un tournoi sur le PGA Tour. Cela est significatif, pour lui, ses parents et ses sponsors pour un passage chez les professionnels. En France, même si tu gagnes plusieurs grands prix, tu ne sais pas réellement où tu te situes par rapport au niveau pro.

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Hayden Springer

Quid du fameux mental ?

Ici un jeune va être plus dans le jeu, à cause du rythme, tu as moins le temps d’être pessimiste. En France, on est moins nombreux donc les joueurs deviennent vite une star alors qu’aux États-Unis il n’y a pas ce phénomène. Sur le plan mental, les Français sont tout aussi performants et on a de nombreux champions dans de nombreux autres sports. Je pense que c’est une mauvaise excuse de dire que les Français ont une mentalité défaillante et négative. D’ailleurs la caractéristique du champion, même américain, c’est que lorsqu’il cartonne : rien ne lui fait peur mais dès que son jeu va moins bien, il voit la vie un peu moins en rose. 

Comment fait-on pour bien s’intégrer en arrivant aux USA ?

J’ai une mère qui vient de Marseille et un père Suédois. À 15 ans, je suis parti en internat au CREPS à Toulouse puis j’ai fait mes études en Louisiane donc j’ai toujours été ouvert au monde et à la diversité, je sais qu’il y a du positif et du négatif partout. Ce que j’observe des étrangers qui arrivent aux États-Unis, c’est qu’ils sont parfois obtus, pas ouverts et ils disent « c’est mieux chez moi ». En arrivant avec cet état d’esprit ça se passe mal et ils n’essayent même pas, quels que soient nos conseils … 

Evidemment tout n’est pas parfait mais j’observe encore des idées préconçues, par exemple les Américains sont très accueillants surtout dans un campus, contrairement à l’image de gros lourds qu’on véhicule sur eux. 

Comment se déroule le recrutement et quand rentres-tu en France ? 

Cet été normalement, car chaque année je recrute des Français et en ce moment je prépare les années 2022 et 2023. En étant Français, ce qui me fait plaisir c’est de recruter les meilleurs. L’idée c’est de faire du repérage sur des compétitions de haut niveau en Europe, en France et de revoir des joueurs repérés l’été précédent. Je leur explique ce que j’ai à leur proposer et comment ça se passe, éventuellement je rencontrer leur famille pour qu’on puisse prévoir à l’avance leur arrivée dans notre équipe. 

Dans ton université Texas « Christian » University quelle est la place de la religion ? 

Ce fut ma première question quand le coach m’a contacté, surtout que je ne vais pas du tout à la messe ! C’est la première chose dont je parle quand je recrute des joueurs : l’université a été créé en 1873 par une église mais depuis il n’y a plus aucun programme religieux hormis un seul cours pendant les quatre ans du cursus sur l’histoire des religions. TCU se revendique multiculturel avec plus de 60 groupes de religion différente. Et pour le Texas, TCU est très ouvert d’esprit avec une diversité importante parfaitement acceptée, c’est un melting-pot auquel je ne m’attendais pas. 

Y-a-t ’il des précautions à prendre par rapport à la criminalité élevée des États-Unis ? 

À TCU il n’y a aucun problème. Partout sur le campus, il y a des bornes d’alertes et l’université a les moyens pour sa sécurité. Fort Worth est une très belle ville fortunée. Je pense que ça dépend surtout des villes ou des quartiers. À Orlando où l’on vit, c’est pareil, nous sommes loin des quartiers sensibles. 

Dois-tu avoir à gérer les parents des joueurs ? 

Oui, en étant coach d’université cela fait forcément partie du management. Nous avons une dizaine de joueurs et il n’y a que cinq places par tournoi. Il faut expliquer nos choix, mais la chance avec le golf, contrairement au foot US par exemple, c’est que nous avons les scores. A TCU, nous avons des qualifs : tu es dans les cinq tu pars en tournoi, sinon tu restes. C’est donc un système facile à présenter mais il faut toutefois expliquer pourquoi les scores ne sont pas suffisamment bons et comment on travaille. 

“Paul Barjon, cela ne m’étonnerait pas de le voir accéder au PGA Tour l’année prochaine.”

Peux-tu nous parler de nos meilleurs espoirs français que tu as côtoyés ? 

Je vais essayer de n’oublier personne mais il y avait un groupe assez exceptionnel. Au final, c’est Victor Perez qui s’en sort le mieux mais à l’époque il y avait Clément Sordet qui était très fort à Texas State. Robin Sciot Siegrist qui était à Louisville et qui est aussi un super joueur. A TCU, il y avait Julien Brun et Paul Barjon qui a perdu en playoff sur le Korn Ferry Tour il y a quelques semaines. Je vois toujours Paul car il habite encore à Fort Worth et nous allons voir des matchs ensemble. Il a le jeu pour jouer sur le PGA Tour comme il vient de le prouver avec ce playoff et cela ne m’étonnerait pas de le voir y accéder l’année prochaine. 

Quel serait ton meilleur conseil pour un jeune attiré par le cursus américain ? 

Comme je te l’ai dit il y a environ 350 D1, il y a ensuite une deuxième division ainsi qu’un autre championnat qui s’appelle le NAIA, soit plus de 1000 universités au final.

Le meilleur conseil que je peux donner aux jeunes : c’est de trouver un endroit où le jeune va jouer, ce n’est pas de viser Arizona State parce que cela fait joli. Si tu ne fais pas un tournoi en quatre ans, il n’y a aucun intérêt, il vaut mieux viser une université dont tu n’as jamais entendu parler, celui est le cas pour la moitié des joueurs du PGA. Comme Zach Johnson double vainqueur de majeur, personne n’a retenu le nom de son université (Drake University – NDLR) mais pendant quatre ans il s’est préparé à la compétition et il a joué. Au final c’est ça qui rend un joueur meilleur. Ce n’est pas d’avoir un beau sac d’une université réputée sans faire un tournoi.

 

Le critère de niveau de jeu donc ?

C’est la clé, il faut bien se placer. Si la moyenne de score du jeune se situe à 76 et si l’université que tu vises possède une moyenne en tournoi de 72, tu sais que tu n’as aucune chance de jouer. Il faut faire des recherches et cibler une trentaine d’universités en fonction du classement où on pense pouvoir faire partie des trois meilleurs pour être sûr de jouer chaque tournoi. 


 

 Passons aux questions des lecteurs et rédacteurs de LPBB  

[Paul] Concernant Julien Brun, comment expliquer de telles performances en amateur aux US face à un champ très solide et la difficulté à passer au monde pro ? 

Pendant trois ans, il a mis des raclées à Jordan Spieth, Justin Thomas et plein d’autres. Mon analyse c’est qu’il a été trois fois All American lors de ses trois premières années à TCU et lors de sa quatrième et dernière année, cela ne fut pas le cas. Je pense qu’il a eu énormément de pression et de demandes. Tout le monde le voyait comme la futur star et ça c’est très difficile à gérer, notamment sur le mental avec des répercussions sur le jeu. Il devait forcément avoir des attentes et son driving s’est un peu dégradé. Il n’a jamais été très long alors qu’il touchait beaucoup de fairways auparavant. Pour résumé, le putting et driving étaient moins bons.
J’ai échangé avec lui dernièrement, le driving est de nouveau son point fort et il putte très bien, il a retrouvé de la fluidité dans son jeu et il se pose moins de questions, d’ailleurs il a gagné dernièrement sur le Pro Golf Tour. Cela ne m’étonnerait pas que dès la reprise il refasse des perfs. 

[Josh] Dans la même veine, pourquoi des joueurs comme Alex Kaleka brillant amateur n’a pas réussi à faire le saut ? On a l’impression qu’aux US, ils y arrivent mieux et plus vite. 

Je l’ai croisé notamment à l’Open de France où il était encore amateur mais je ne le connais pas suffisamment lui et son jeu pour en parler.
La chance qu’ont les États-Unis, c’est le nombre. Quand nous avons 1 Julien Brun, eux ils en ont 30 ! Alors forcément un ou deux vont réussir en pro mais on oublie les autres. Sinon leurs bons joueurs en général se prennent moins la tête avec la technique et ils sont plus dans le jeu, ce que j’avais développé à l’université en m’appuyant sur des coups que je maîtrisais et je n’essayais pas autre chose.
Quand je suis arrivé sur le Tour Européen, je regardais les autres et ils passaient beaucoup de temps au practice, j’ai fait pareil et au final j’ai perdu cette notion de jeu qui est hyper importante. Regarde les bons joueurs, comme Matthew Wolff, malgré son swing il n’a jamais fait des modifications, il essaye seulement de taper plus fort et de faire plus de birdies. Ils sont vraiment dans le jeu et ils n’essayent pas de faire en fonction d’un modèle. 

[Stéphane] te demande avec humour que penses-tu de l’émergence de ton presque homonyme Adrian MERONK ? Et espères-tu l’entraîner un jour ? 

Je le connais bien et déjà rencontré en tournoi, c’est un joueur Polonais. Il était à East Tennessee State et il a gagné rapidement sur le Challenge Tour après sa sortie de l’université. C’est un super joueur, frappe de balle incroyable, ça va être un très bon (ndlr : à 26 ans et 1M97 il a gagné l’an dernier l’Open du Portugal sur le Tour Européen). 

[Albatros] Qu’est ce qui t’a manqué pour faire une autre carrière pro et que ferais-tu différemment si c’était à refaire ? 

Je n’ai jamais été très long avec le driver, à une période où je jouais bien cela me travaillait et j’ai essayé des changements pour gagner de la longueur. Cela m’a fait perdre du temps à consacrer au petit jeu et tout ce que je faisais bien, alors que je n’aurais jamais pu gagner plus de 10m au driving. Du coup comme je jouais moins bien, j’ai perdu ma motivation et je n’ai pas insisté autant que j’aurai peut-être dû avant cette pause dans ma carrière. Je le regrette d’autant plus car j’avais retrouvé mon niveau en arrivant aux États-Unis pendant deux ans. C’est une question d’envie ! C’est exactement ce que l’on retrouve chez les jeunes à l’université qui sont très bons et pourquoi ils ne réussissent pas quand ils sont pros. L’entraineur peut être très motivé pour un joueur mais si ce dernier n’a pas cette envie, c’est très compliqué.
Je me sers de ce vécu, car on voit des jeunes qui cherchent des solutions vainement et qui perdent beaucoup de temps, alors que cela m’intéresse plus de voir un joueur mettre la balle 10 fois sur 10 entre deux cônes à 20m par exemple. En NCAA le niveau est tellement bon qu’il faut savoir faire tout très bien pour être en haut du classement. 

[Gurvann] Cette période peut-elle être l’occasion d’un gros travail technique ? Est-il possible de mettre en place un travail technique de fond sur 2 ou 3 semaines ? 

Ce que je recommanderai en ce moment et ce qui est facile à faire chez soi, ce sont des gammes plusieurs fois par jour de putting. Ce qui est important c’est d’avoir la face square à l’impact et il y a des centaines de tutos sur internet pour s’y entrainer.
Quant au travail de fond, on sait qu’il faut 800 heures pour intégrer un mouvement sur le plan musculaire, donc une heure par jour va forcément permettre de progresser, prendre des points de repères et prendre confiance. Après c’est bien d’avoir des outils, ceux qui vérifient justement si la face est square. Dans les tapis ce qui peut être intéressant c’est de créer des pentes et les tapis Wellputt. Après il y a des capteurs ou des applis gratuites comme celle de PING et d’autres outils qui à moindre coût permettent de travailler sérieusement. 


 

En savoir plus
– Le site de l’université TCU : https://www.tcu.edu/
– Le site de TCU golf : https://gofrogs.com/sports/mens-golf
– Un site très bien fait pour comprendre et suivre le golf universitaire américain : http://www.golfstat.com/ 

 

Le golf féminin et Perrine Delacour

Quelles sont tes relations avec Perrine ?

Je ne suis plus son entraineur mais elle habite toujours chez nous. A présent elle a un coach qui vit en Californie, Chris Mason. Là, elle vient juste de partir à l’entrainement.  

Comment s’était faite votre rencontre ?

En arrivant aux USA, elle travaillait, avec un entraineur fédéral en France qu’elle voyait peu et elle cherchait de l’aide car elle venait de perdre les cartes LPGA. Mon premier travail a été de trouver une carte partielle, ce qu’on a fait en 2014. Après pendant plusieurs années elle a eu de bonnes saisons aux États-Unis mais elle a eu des blessures (épaule, opération de la main, etc). On n’a jamais pu faire une saison entière et en 2018, elle a perdu sa carte pour redescendre sur le Symetra Tour. C’est là qu’elle a commencé à travailler avec son nouveau coach, qui est réputé et coach de plusieurs joueuses du LPGA. 

Il se déplace beaucoup sur les tournois, ce que moi je ne peux pas faire et elle fait également des stages avec lui donc ils se voient souvent.

Qu’est-ce que le titre de la saison 2019 sur le Symetra a changé pour Perrine dans sa progression ? 

Déjà, elle a gagné en confiance car quand tu descends d’une division tu ne sais pas où tu vas. La preuve sur ces premiers tournois où elle n’avait pas bien joué avant déchainer 8Top10 consécutifs dont 2 victoires en 3 semaines. Bien qu’on lui répète depuis longtemps, elle avait besoin de constater qu’elle était capable de bien jouer à ce niveau et elle vient de faire un podium en ce début de saison du LPGA (3e en Australie mi février). 

Elle s’entraîne de plus en plus, elle a toujours été super douée. Depuis qu’elle est descendue sur le Symetra Tour et sa remontée sur le LPGA, elle est vraiment à fond et c’est très plaisant de voir ça. 

Quels sont ses objectifs désormais à horizon 2021 ?

Je ne veux pas parler pour elle mais il me semble que pour conserver sa carte c’est bien parti, après généralement les joueuses ont des objectifs évolutifs : d’abord la carte, puis viser les Top10 et ainsi de suite. 

“Si tu aimes le golf cela ne m’étonne pas que tu aimes le LPGA.”

Le niveau du golf féminin continue à progresser chaque année et notamment au petit jeu, quel regard portes-tu sur leur jeu ? 

Elles progressent dans tous les domaines selon moi. Il y a une dizaine d’années, j’étais à Evian pour voir les meilleures mondiales et j’avais trouvé le niveau perfectible, depuis grâce à Perrine, j’ai pu suivre des tournois et le niveau a beaucoup évolué, c’est du très haut niveau à présent. 

Je suis heureux qu’elles passent à la TV car elles sont capables de taper fort, toucher beaucoup de fairways, beaucoup de greens, elles ont suffisamment de vitesse pour arrêter les balles même sur des greens durs, un petit jeu vraiment très bon et un putting qui est souvent incroyable, c’est un plaisir à regarder. Si tu aimes le golf cela ne m’étonne pas que tu aimes le LPGA. 

Adrien Mörk

Tu as fait des tutoriels sur ta chaine et tu as participé à l’académie en vidéo de la FFGolf, qu’est-ce que cela t’a apporté ? 

Je connais Patrice Amadieu depuis le pôle France à La Grande Motte ; quand ils sont venus voir Céline Boutier à Dallas on s’est retrouvé d’où l’idée de faire des vidéos. Quant aux tutos, c’est à l’époque où je suis arrivé aux États-Unis et je faisais ainsi de l’enseignement et l’idée c’était également d’obtenir de la visibilité pour rechercher des sponsors.

Adrian Mörk - TPI Diploma
Adrien Mörk lors de la remise de son diplome TPI

As-tu des projets ? 

Pour l’instant, j’ai un patron génial dans une université au top dans une super équipe, ça c’est dur à battre au niveau job, je m’éclate. Sinon je souhaite jouer davantage car je dois faire moins de dix parcours par an … surtout qu’à chaque fois que je rejoue il y a toujours des bons signes qui montrent que j’ai encore la main. 

J’ai une nouvelle question à présent à la fin des interviews : quelle est ta sensibilité écologique ? Et comment milite un golfeur écolo aux États-Unis ? 

En tant que golfeur, on y est forcément sensible, si on perd cela les golfs tombent à l’abandon. J’ai grandi au Golf de Prunevelle et les mercredis et samedis après-midi, j’étais au milieu de la nature, j’ai été marqué par ces études de la FFGolf qui expliquaient que les golfs étaient des réservoirs de la faune et de la flore. 

Les États-Unis et l’écologie c’est très compliqué … car déjà on voyage énormément pour aller sur les tournois et à l’hôtel : la Tv, les lumières et la clim tournent plein pot dans les chambres. On était à Las Vegas il y a deux semaines c’est n’importe quoi … ils ne sont pas sensibles à l’écologie, il y a des sacs et des bouteilles plastiques partout. 

J’organise des camps pour juniors l’été pour l’université et notre première action c’est de les sensibiliser et de distribuer des gourdes par exemple, sinon tu passes des milliers de bouteilles plastiques sur un camp junior. Chacun agit à son niveau mais ici le travail est immense. 

Palmarès entraineur

  • En 2019, Adrien a aidé TCU à terminer 15e au NCAA Championships et 2e au Big 12 Championship, soit les meilleurs résultats de TCU et NCAA Regional pour la trentième année consécutive.
  • Assistant coach pour l’équipe international à Arnold Palmer Cup 2018 à Evian.
  • Championnat d’Europe par équipes pour la FFGolf en Suède 2015, 5ème place.
  • British Amateur 2015 pour FFGolf, 4 joueurs français en quart de finale, un record et victoire de Romain Langasque.

Palmarès joueur

Challenge Tour

  • 2006 Tikida Hotels Agadir Moroccan Classic
  • 2006 OKI Mahou Challenge de España
  • 2006 Top10 au Russian Open et Top20 à l’Open de France.

Alps Tour

  • 2008 Open International du Haut Poitou
  • 2005 Trophée Moroc Telecom
  • 2004 Memorial Olivier Barras

Amateur

  • Adrien a joué les championnats du monde et d’Europe par équipes, il a été classé 2ème français.
  • À McNeese State University, il a été four-year team MVP, four-year All-Southland Conference player et Louisiana Freshman 2001.

En savoir plus

Christophe
Christophe
Héraultais de 47 ans, Christophe a découvert le golf en 1980 aux USA à Tucson où il a grandi. Consultant en marketing, à partir de 2004, il a conseillé des entreprises dans le sponsoring de tournois de golf. Depuis 2009, il se rend régulièrement sur des tournois de l’European Tour, du LET et l’Evian Championship. Il a également travaillé 3 ans dans le marketing digital & stratégique dans le retailing golf.

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